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Néo-carnisme...(2)


Ailleurs, j'ai décrit le carnisme comme le système de croyance ou l'idéologie qui nous conditionne à manger certains animaux. Lorsque manger des animaux n'est pas nécessaire à la survie, c'est un choix, et les choix naissent toujours de nos croyances. Aussi le contenu de l'assiette ne reflète-t-il pas les convictions des seuls végétaliens et végétariens. Et parce que les idéologies telles que le carnisme sont organisées autour de la violence et que leurs principes vont à l'encontre des valeurs humaines essentielles, elles doivent utiliser un ensemble de mécanismes de défense sociale et psychologique pour s'assurer la participation de gens qui, autrement, ne les soutiendraient pas. La plupart des gens se soucient des animaux et ne veulent pas leur faire du mal, et pourtant il est impossible de manger des animaux sans leur faire du mal. Par conséquent, le carnisme apprend essentiellement aux gens à ne rien ressentir. 

La principale défense du carnisme est le déni ; si, en premier lieu, nous nions qu'il existe un problème, alors nous n'avons pas à faire quoi que ce soit. Le déni s'exprime à travers l'invisibilité ; les victimes de ce système sont détenues hors de la vue du public et donc, commodément, de sa conscience. Et les victimes du carnisme sont non seulement les animaux et l'environnement mais aussi les consommateurs de viande dont le bien-être physique et psychique peut être compromis en permettant que s'exerce la violence gratuite qui caractérise le carnisme. Grâce à l'apparition d'Internet et à ce que les militants véganes ont accompli, l'invisibilité carniste a été suffisamment affaiblie pour que le système commence à s'appuyer davantage sur son second mécanisme de défense : la justification. Il y a de nombreuses justifications carnistes qui relèvent toutes des Trois « N » de la justification : manger des animaux est normal, naturel et nécessaire. Une partie du backlash carniste peut donc être comprise comme le glissement du système de défense, du déni à la justification. La plupart des gens ne peuvent plus nier la vérité concernant l'élevage, alors les industries de la viande, des oeufs, et du lait doivent à présent fournir aux consommateurs des raisons de continuer à manger des animaux malgré cette vérité.
 
 
Néo-carnisme


Bien que diverses justifications carnistes continuent de prospérer, trois d'entres-elles dominent le discours public et reflètent des agendas sociaux plus larges et des tendances de consommation. Ces principales justifications se sont métamorphosées en nouvelles idéologies qui, ce n'est pas un hasard, sont organisées autour de chacun des Trois N. Les nouvelles idéologies sont ce que j'appelle les néo-carnismes, et leur principal objectif est de fournir des arguments rationnels (justifications carnistes) pour invalider le végétalisme - principalement en invalidant les 3 piliers de l'argument végétalien : bien-être animal /droits des animaux, environnement, et santé humaine.

A l'instar du carnisme traditionnel, les néo-carnismes tirent une grande partie de leur pouvoir du fait qu'ils donnent à des opinions fondées sur une idéologie l'apparence de vérités objectives. Mais contrairement au carnisme traditionnel, dans lequel l'éthique et les pratiques d'élevage demeurent largement ignorées, les néo-carnismes incorporent, dans leur propre analyse, un examen de la consommation des animaux. C'est comme s'ils disaient, oui, nous avons réfléchi aux implications éthiques de la consommation, et nous  

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sommes arrivés à la conclusion (rationnelle) que la solution n'est pas de cesser de manger des animaux, mais de changer la façon dont nous les mangeons. Les néo-carnismes cherchent à détruire chaque pilier végane en arguant que consommer des animaux est normal, naturel et nécessaire - et ils font appel, en particulier, aux consommateurs consciencieux qui ont commencé à questionner le bien-fondé de la consommation d'animaux.


Le carnisme compatissant : manger des animaux est normal


Le carnisme compatissant répond à des préoccupations relatives au bien-être animal. Il soutient que, bien que le bien-être animal soit un sujet de préoccupation, le végétalisme est extrême et par conséquent impraticable, et qu'il est donc plus réaliste de manger "humainement" de la "viande heureuse" que de ne pas manger de viande. Aussi la solution au dilemme moral que constitue le fait de se soucier des animaux tout en les mangeant est-elle la modération - sans trop s'écarter de la norme carniste - et la consommation de viande, d'oeufs et de laitage issus d'animaux qui ont été prétendument bien traités.

Le problème, néanmoins, est que si le carnisme compatissant est parfois une étape vers le végétalisme, l'opposé est souvent le cas : manger de la "viande heureuse" apaise la conscience au point que le végétalisme n'est plus considéré comme une alternative sérieuse. Qui plus est, l'existence du carnisme compatissant est surtout théorique, étant donné que plus de 99% de la viande consommée aux Etats-Unis provient d'élevages intensifs, il est probablement plus difficile (et donc, plus "extrême") pour la plupart des gens d'éviter la  "viande malheureuse" avec une réelle cohérence que d'arrêter simplement de manger de la viande. Le carnisme compatissant suggère essentiellement qu'une volonté de manger de la "viande heureuse" lorsqu'elle est facilement disponible permet la consommation de "viande inhumaine" dans toutes les autres situations.


Eco-carnisme : manger des animaux est naturel


L'éco-carnisme est organisé autour des préoccupations environnementales. L'éco-carnisme soutient que le problème n'est pas l'élevage, mais l'agriculture industrielle. Par conséquent, la solution éco-carniste est, non de cesser de manger des animaux, mais de manger ceux qui ont été élevés et tués de manière "durable". Cela signifie se fournir dans des petites exploitations locales et - si l'on peut suffisamment se désensibiliser - tuer les animaux soi-même.

L'éco-carnisme cherche à invalider le végétalisme de plusieurs façons. Premièrement, il décrit le végétalisme comme quelque chose de non naturel et non durable. Il se concentre sur les végétaliens qui consomment des aliments transformés (non naturels) qui dépendent de méthodes de production écologiquement irresponsables

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(non durables). De plus, l'éco-carnisme prétend que l'aversion des gens à tuer des animaux est une aberration moderne ; le végétalisme est vu comme un mouvement contemporain d'urbains et de banlieusards de la classe moyenne supérieure qui se sont ramollis et coupés de la nature. La solution est de revenir à nos racines et de nous reconnecter à la source de notre nourriture.

Les arguments éco-carnistes contiennent certaines incohérences fondamentales qui posent des questions cruciales. D'abord, de nombreux véganes sont favorables à une alimentation produite de façon durable à base d'aliments complets. Ensuite, on peut se demander pourquoi aucune alternative à la mise à mort des d'animaux n'est réellement examinée. Pourquoi le but de l'éco-carnisme n'est-il pas la durabilité, point final ? Plus important encore, pourquoi ne pas voir la sensibilisation des humains à la mise à mort des animaux comme un signe d'évolution morale et d'intégrité plutôt que de faiblesse ? Puisque ceux d'entre nous qui vivent dans le monde industrialisé n'ont plus besoin de tuer d'autres humains ou non-humains pour survivre, tuer a pris une dimension éthique. Il est probable que notre  sensibilisation croissante au fait de nuire aux autres ne vient pas de ce que nous sommes déconnectés, mais au contraire davantage connectés à notre éthique, et aux autres. Dans le schéma éco-carniste, l'empathie et la compassion - dont nombre de traditions psychologiques et spirituelles nous enseignent qu'elles sont fondamentales à un développement mental et moral sain - sont regardés comme des qualités qu'il faut transcender plutôt que cultiver ? Cette façon de tourner en dérision l'empathie rappelle l'attitude de l'armée vis-à-vis des vétérans avant que le syndrome de stress post-traumatique soit identifié ;  les soldats tourmentés par les tueries étaient considérés comme des personnes faibles, et le protocole psychiatrique était de les "endurcir" afin qu'ils puissent retourner sur les champs  de bataille faire leur boulot.


Bio-carnisme : manger des animaux est nécessaire


Le bio-carnisme, l'idéologie selon laquelle manger des animaux est nécessaire, se superpose à l'éco-carnisme, excepté que le premier se concentre sur les humains plutôt que sur la survie environnementale. Les partisans du bio-carnisme sont souvent d'anciens végétaliens ou végétariens, qui sont revenus à la consommation d' animaux après avoir rencontré des problèmes de santé. Le message du bio-carnisme est qu'il est inutile de réfléchir à l'éthique du végétalisme puisque la consommation d'animaux est une nécessité et que, en tant que telle, elle échappe aux considérations éthiques ; le végétalisme en tant que philosophie et pratique répandues est simplement impossible. La popularité de livres tel que Le mythe végétarien est un exemple ironique du backlash contre le végétarisme et le végétalisme, les mouvements mêmes qui ont mis en question les mythes de la viande.

Pour valider ce message, le bio-carnisme s'appuie sur des déclarations émanant de la profession médicale qui expliquent  que  le  végétalisme nuit à la  santé.  (Il  n'est pas rare de pathologiser  ceux  qui  contestent  un  statu quo ;  des  femmes  qui,  naguère,  remettaient en  question  la  domination masculine   ont  reçu  le  diagnostic




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d'hystérie). Le procès fait au végétalisme se fonde sur l'argument qui veut que "l'homme est un chasseur omnivore" soit le prototype des schémas de consommation humaine. Pourtant, le bio-carnisme, pour chercher des preuves physiologiques humaines, ne se réfère pas à l'histoire humaine mais à l'histoire carniste. Pourquoi ne pas utiliser nos ancêtres fruitariens comme référence, plutôt que leurs descendants chasseurs ? En outre, le bio-carnisme ignore les déclarations de l'American Dietetic Association, qui soutient que les régimes alimentaires végétariens sont complets sur le plan nutritionnel, et qu'ils pourraient être plus sains que les régimes carnés - et de l'USDA qui, reconnaissant le bien-fondé d'une l'alimentation végétalienne, a remplacé le terme "viande" par celui de  "protéine" dans la dernière version de sa pyramide alimentaire.

 
Variations sur un thème


Le danger des néo-carnismes est qu'ils se présentent comme une solution à un problème qu'ils ne peuvent pas résoudre - et, par conséquent, ils deviennent des alternatives attirantes pour ceux qui, autrement, auraient pu soutenir le végétalisme. Les néo-carnismes agissent comme un filet de sécurité carniste : ceux qui cherchent à sortir du carnisme atterrissent dans une autre version du système, pensant qu'ils ont résolu l'inconciliable contradiction entre se soucier des autres êtres vivants et leur nuire.Mais les néo-carnismes sont de simples variations sur un thème, qui s'appuient sur le même état d'esprit paradoxal qui permet le carnisme traditionnel. Par exemple, la plupart des partisans du carnisme compatissant ne préconiseraient pas l'abattage d'un jeune golden retriever en parfaite santé simplement parce que ses cuisses sont savoureuses, tout comme les partisans de l'éco-carnisme ne suggèrent pas de consommer des chevaux élevés et tués localement. Quant aux partisans du bio-carnisme, ils insistent non sur la nécessité, sur le plan nutritionnel, de toutes les viandes, mais seulement de celles provenant d'animaux "comestibles", tels que les cochons, les poulets, les vaches et les poissons. (Bien que le genre d'animaux consommés changent d'une culture à l'autre, dans les sociétés carnistes du monde entier, de manière générale, seuls certains animaux sont classés comme comestibles. La chair des autres espèces est perçue comme taboue, dégoûtante ou choquante.) Par conséquent, si les idéologies peuvent différer, la mentalité carniste demeure essentiellement la même.



Idées ou idéologies


Comment savons-nous que les néo-carnismes ne sont pas simplement des idées sur la façon de manger mais des idéologies défensives érigées pour maintenir le carnisme ? La réponse réside à la fois dans le contenu - les idées elles-mêmes - et dans le processus - la façon dont les idées s'articulent entre elles. Le  contenu  des  néo-carnismes révèle un argument irrationnel en faveur de  la  consommation  d'animaux,  et  leur  processus,



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une transmission défensive de ces idées.

Sous le couvert de la rationalité, les néo-carnismes sont des justifications : ils fournissent ce qui semble être une raison plausible de manger des animaux - plutôt que la raison véritable. Et la véritable raison est qu'une idéologie violente imprègne les attitudes et les comportements des gens envers les êtres qu'ils ont appris à voir comme de la nourriture, de sorte que, sans le savoir, ils font une exception à ce qu'autrement ils considèreraient immoral. Aujourd'hui, la grande majorité des gens pensent que les animaux ont des intérêts et qu'ils méritent d'être protégés des maltraitances ; selon cette façon de voir, tuer des animaux pour n'importe quelle raison hormis celle de véritable légitime défense, n'est ni justifiable, ni rationnelle. (Même dans le cas du bio-carnisme, les possibilités d'alternatives à la mise à mort des animaux ou, au moins, de réduction de leurs souffrances ne sont pas explorées.)

Le processus des néo-carnismes transparaît dans leurs objectifs : le but de chaque argument n'est pas de traiter la question du végétalisme mais de se défendre contre lui. Les arguments n'expriment pas l'intention d'examiner plus avant la question, ni le désir de chercher des alternatives à l'abattage des animaux. Ils n'invitent pas au dialogue mais mettent plutôt un terme à la discussion en dénonçant le végétalisme comme anormal, non naturel, et non nécessaire. Le processus révèle une capacité à réagir de façon rigide et simpliste plutôt qu'avec souplesse et nuance - processus sain qui favorise l'examen sincère de ses propres hypothèses ainsi que la prise en considération des points de vue différents. (Les idéologies dont les principes vont à l'encontre des valeurs humaines essentielles dépendent de mécanismes défensifs pour empêcher leurs partisans de voir les incohérences dans leurs valeurs et leurs pratiques. Les idéologies qui sont en harmonie avec les valeurs humaines essentielles ne sont pas structurées autour d'un processus défensif ; si elles sont exprimées de façon défensive, cela tient à des attitudes individuelles plutôt qu'idéologiques.)



Tirer sur le messager et le message végane
 
Invalider les partisans d'un mouvement social est caractéristique d'un backlash : si nous tirons sur le messager nous n'avons pas à prendre au sérieux les implications de son message. Dans le backlash carniste, les végétaliens sont tenus pour responsables des problèmes qu'ils essaient de résoudre : les végétaliens "radicaux" qui demandent la fin de l'élevage sont vus comme perpétuant le problème en ne soutenant pas les méthodes "humaines" d'élevages, les végétaliens concernés par les problèmes environnementaux sont accusés d'avoir un style de vie non durable, et ceux qui font la promotion du végétalisme pour la santé sont dépeints comme maladifs.

Et, parce que le végétalisme est vu comme une idéologie (subjective) tandis que les néo-carnismes sont considérés comme des idées (objectives), les arguments en faveur du végétalisme sont jugés tendancieux. Les végétaliens font de la "propagande", quand d'autres font de "l'information". Les végétaliens font du prosélytisme, quant d'autres discutent. Cette représentation déséquilibrée des arguments végétaliens et pro-viande privent les végétaliens comme les non-végétaliens de la possibilité d'avoir des  conversations rationnelles et productives sur la question de la consommation d'animaux.
 




Néo-carnisme...(7)


Appréciation des néo-carnismes

Bien que les néo-carnismes soient des idéologies défensives, chacun d'entres eux présente des idées qui méritent d'être considérées : comment traitons-nous les questions de bien-être animal à l'intérieur du complexe industriel carniste, même si nous luttons pour abolir ce complexe ? Existe-t-il, pour les végétaliens des façons de se nourrir plus durables ? Quelles sont les difficultés, en matière de santé, que rencontrent les nouveaux végétaliens et comment sensibiliser le public à ces questions afin que les professionnels de la santé, par exemple, soient plus favorables au végétalisme ?

Il est, de plus, essentiel que les végétaliens différencient les partisans des néo-carnismes des idéologies elle-mêmes. Ceux qui soutiennent le néo-carnisme sont, sans doute, réellement concernés par les problèmes que ces idéologies prétendent traiter. Ce sont des êtres humains aux prises avec des choix compliqués à l'intérieur d'un système compliqué. Les végétaliens devraient saluer la volonté de « moins nuire » de nombre de partisans du néo-carnisme, tout en continuant à inciter ces derniers à réfléchir plus profondément sur leur choix.

 
Néo-carnisme et progrès social

Les mouvements sociaux ne se développent pas le long d'une trajectoire rectiligne ; le changement social est lent, imprévisible et discontinu. Le véganisme est un mouvement révolutionnaire qui exige un profond changement de la conscience sociale et une transformation radicale dans notre rapport à nous-mêmes, aux autres êtres vivants et à la planète. Ce type de changement ne se réalisera pas sans rencontrer une grande résistance. Une résistance qui se manifestera de multiples façons : lois protégeant les exploiteurs d'animaux de plus en plus répressives, intensification de la propagande carniste, et émergence de nouvelles idéologies prétendant offrir des solutions intéressantes à des réalités déplaisantes.

En tant que véganes, nous devons identifier et mettre en lumière les néo-carnismes pour créer un dialogue plus authentique autour de la question de la consommation d'animaux. Un tel dialogue dépend en grande partie des véganes pour représenter les qualités et les comportements que nous demandons - en évitant les attitudes défensives et en comprenant et validant les préoccupations des partisans du néo-carnisme. Les partisans du néo-carnisme sont les alliés des véganes, pas leurs ennemis ; ils ont franchit une étape le long du continuum carniste. Leur volonté de réfléchir sur leur choix alimentaire et leur désir de moins nuire devraient être encouragés. Tout compte fait, les véganes devraient saluer les néocarnismes qui témoignent d'un changement dans la conscience sociale et sont les signes avant-coureurs d'un monde meilleur à venir. 
 
 

 
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Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal : un guide pour ceux qui s’interrogent

par pattrice jones

https://drive.google.com/file/d/0Bwn3XdA6tlTJNTl4UHpTNS1pd00/view
 

Résumé



L’atmosphère qui règne actuellement au sein du mouvement pour les droits des animaux empêche de débattre de façon constructive des questions controversées telles que la pertinence de la législation pour le bien-être animal. Il sera nécessaire d’effectuer des modifications significatives à l‘intérieur du mouvement, tant au niveau des structures que du discours, pour permettre aux militants de collaborer dans le cadre de stratégies à multiples facettes afin d’obtenir un changement substantiel. En attendant, les mesures proposées devraient être analysées individuellement plutôt qu’approuvées ou condamnées catégoriquement. L’analyse stratégique des tactiques pour le bien-être, les droits ou la libération des animaux doivent toujours se concentrer sur les intérêts de ces derniers, tels qu’ils les ont eux-mêmes exprimés ou tels qu’ils peuvent être déduits par l’étude approfondie de leur physiologie et de leur comportement. L’analyse d’un projet de loi pour le bien-être animal devrait aussi prendre en compte le contexte contemporain, comme la situation économique de l’industrie exploiteuse en question, ainsi que les objectifs stratégiques à long terme. Dans la mesure du possible, ces analyses devraient évaluer les conséquences certaines - ou au moins très probables, du projet et éviter les spéculations basées sur des théories ou des analogies. L’analyse des données de l’exemple des cages de batterie(1) révèle, d’une part, que l’abolition de cette pratique de l’élevage industriel réduirait de façon considérable la souffrance animale et le nombre d’animaux exploités pour la production d’œufs et, d’autre part, qu’il est impossible qu’elle augmente la consommation d’œufs. A long terme, cette tactique pourrait être une composante d’une stratégie coordonnée visant à réduire la rentabilité de la production d’œufs au point qu’elle cesse d’être viable. De telles stratégies pourraient constituer le chemin le plus rapide pour saper l’exploitation des animaux pour le profit, particulièrement dans le contexte économique actuel d’augmentation des coûts de l’alimentation.


Introduction


La question de la législation en faveur de la protection animale est devenue encore plus épineuse pour les militants animalistes dans le contexte actuel de deux courants opposés, l’un qui décrit ces réformes comme contre-productives et l’autre dont l’attitude semble accréditer cette description. Le caractère acrimonieux et peu productif du débat entre partisans et opposants d’une telle législation ainsi que l'existence manifeste d'un phénomène de pensée de groupe de part et d‘autre, poussent certains militants à choisir rapidement un clan et laissent les autres frustrés et désorientés. Plutôt que de produire une critique ou une apologie supplémentaire des lois sur le bien-être animal en général, cet article propose une méthode d’analyse stratégique pouvant être utilisée pour évaluer les mesures spécifiques proposées, en prenant comme exemple la question des cages de batterie.



(1) présenté dans la dernière partie de l'article (NdT)

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¤ Texte original Strategic Analysis of Animal Welfare Legislation - A Guide for the Perplexed (2008) traduit par Marceline Pauly, et publié sur animal sujet avec la permission de l'auteure.

pattrice jones, écoféministe et militante pour la libération animale, est la co-fondatrice du Eastern Shore Sanctuary & Education Center, aujourd'hui Vine Sanctuary.


Elle est l’auteur de Aftershock, de The oxen at the intersection publiés chez Lantern Books et de nombreux essais et articles, dont Sortir de l'impasse bien-être/abolition pour défendre les animaux au présent 
et Gérer un sanctuaire
également publiés sur le blog animal sujet.
Le site de pattrice jones







Ph : CGR

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (2)



Contexte


Ces dernières années, une position "abolitionniste" intransigeante selon laquelle les efforts "welfaristes" pour améliorer le bien-être des animaux déjà existants constituent une entrave à la libération future des animaux s’est développée parmi les militants animalistes. Le style absolutiste du discours en faveur chez les partisans les plus loquaces de cette position abolitionniste a eu pour effet, avec le temps, d’estomper la distinction essentielle entre vrais "welfaristes" - comme les membres de la North Carolina Responsible Animal Owners Alliance, qui pensent que les animaux sont considérés à juste titre comme des propriétés tout en arguant qu’ils doivent être traités humainement, et les vrais militants pour la libération animale qui soutiennent les réformes pour l’amélioration du bien-être des animaux, soit en tant que mesures intermédiaires, soit en tant qu’étapes d’un plan stratégique pour leur libération. C’est ainsi que des personnalités du mouvement de libération animale comme Ingrid Newkirk de Peta (qui soutient que toute reconnaissance d’un droit quelconque de l’animal par les législateurs est un pas vers la reconnaissance de leurs pleins droits) et Karen Davis de United Poultry Concerns (qui soutient que les intérêts des individus animaux déjà existants ne devraient pas être ignorés par les humains qui prétendent parler pour les animaux en tant que groupe) ont été décrites à tort comme des welfaristes, et souvent en des termes tout à fait insultants. Cette représentation tellement caricaturale a crée une atmosphère d’hostilité dans laquelle des personnes, peu sûres de leur position dans le mouvement, peuvent hésiter à se distancer des opinions dogmatiques de crainte d’être diffamées de la même façon. Les militantes, en particulier, peuvent répugner à exprimer leur préoccupation pour le bien-être des animaux déjà existants de peur d’être taxées de faiblesse ou de sentimentalisme. Cette situation fait qu’il est difficile pour les militants de débattre des détails subtils qui doivent toujours être discutés lorsque des gens essayent de mettre leurs principes en action dans le monde réel.

Dans le même temps, certains partisans des lois en faveur du bien-être animal se sont aussi engagés dans des pratiques discursives qui rendent difficile tout débat fructueux. Ici, c’est la différence essentielle entre condamner des pratiques humaines spécifiques et promouvoir une exploitation "humaine" des animaux qui a été brouillée. Alors que la plupart des organisations qui soutiennent ou font la promotion d’initiatives pour le bien-être animal prennent grand soin de ne pas franchir cette démarcation, plusieurs gaffes mémorables ont donné une légitimité à la confusion entre abolition de pratiques spécifiques de l’élevage industriel et promotion de la "viande heureuse". Des insultes gratuites envers les militants animalistes emprisonnés, proférées par des partisans de tactiques plus modérées, amplifient l'illusion que travailler à la libération animale et se préoccuper du sort actuel des animaux relèvent nécessairement de deux projets distincts. L’opacité et le manque de responsabilité des dirigeants de quelques organisations nationales faisant la promotion du bien-être animal, ainsi que le discours véhément de certains abolitionnistes, font qu’il est difficile d’établir un dialogue productif. Déçus et en colère contre des organisations puissantes qui n’expliquent pas leurs actions et n’assument pas non plus la responsabilité de leur impact sur le mouvement, des militants de base qui devraient aider les autres à réfléchir au moyen de mettre en place des stratégies coordonnées - dont nous aurons besoin si nous voulons ouvrir une brèche dans la production et la consommation d’animaux - se réfugient dans un silence détaché ou rejoignent le camp des "abolitionnistes" qui travaillent activement à saper les efforts entrepris pour réduire les souffrances continuelles des animaux.

C’est une triste situation que l’on peut, à juste titre, qualifier de crise. Les militants animalistes représentent une assez petite minorité de la population du monde que nous voulons changer. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés. Pas plus que les animaux ne peuvent se permettre que nous nous complaisions dans l’autosatisfaction, la préférence irréfléchie pour telles tactiques particulières ou la pensée de groupe étriquée.

Il est assez urgent que nous restructurions nos organisations et notre discours afin de stimuler, plutôt qu’inhiber, la réflexion critique et la communication bilatérale(2).  A mesure que nos discussions deviendront plus productives, tous ceux qui souscrivent à l’objectif de la libération animale devraient pouvoir identifier les origines de nos désaccords, évaluer la validité de nos hypothèses, s’accorder sur les faits qu’il nous est impossible de connaître, parvenir à un consensus sur plusieurs points, et accepter nos différends concernant les questions pour lesquelles nous n’avons aucune réponse certaine et au sujet desquelles il est possible, pour des gens raisonnables, d’avoir des points de vues dissemblables tout en partageant les mêmes objectifs. Nous pourrions même découvrir un intérêt dans la recherche par essais-erreurs de stratégies multiples dans les cas où la voie menant au changement n’est pas évidente.

Entre-temps, chacun de nous doit décider s’il veut soutenir les réformes juridiques, régulièrement proposées à l‘intérieur du système, en tant qu’éléments d’une stratégie graduelle pour la libération animale et /ou pour soulager la souffrance des animaux en attendant leur libération. Les militants déterminés à travailler ou argumenter contre ces mesures ont, tout particulièrement, l’obligation d’être rigoureux dans leurs analyses.


Ax
iomes (3)

Des suppositions divergentes non formulées sont souvent à la base de points de vue différents. Par conséquent, avant de donner un aperçu de la méthode d’analyse stratégique proposée, il peut être utile d’examiner certains des principes qui ont guidé la réflexion sous-tendant cette méthode.


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(2) Les moyens par lesquels cela pourrait être accompli dépassent le champ de cet article mais sera le sujet d’un futur rapport. En attendant, vous pouvez lire la partie "Tips for organisation" de mon livre Aftershock, pour des suggestions concernant la structure organisationnelle.
(3) Les hypothèses, et les principes qui en découlent, présentés dans cette section sont extraits d’un travail en cours, plus long, dans lequel ils sont expliqués de façon plus approfondie et argumentée. En tant que féministe, je crois que le raisonnement moral devrait être mené à la fois avec le cœur et l'esprit. Toutefois, je reconnais que le discours dominant à l’intérieur du mouvement de libération animale, à l’heure actuelle, favorise la froide rationalité. Etant plus intéressée à faire avancer les choses qu’à m’exprimer, j’ai limité, dans cet article, les arguments à ceux qui peuvent être formulés à l’intérieur du discours dominant. Pour une analyse féministe explicite de nos obligations envers les poules élevées en batterie, vous pourrez vous reportez à cet article plus long lorsqu’il sera publié.




Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (3)


 
1. Les animaux (4) existent

Les animaux déjà existants vivent dans le monde matériel et éprouvent des . plaisirs et des souffrances réels selon ce qui leur arrive. Les actions ou l’absence d’actions des militants animalistes(5) contribuent à déterminer ce qui arrive aux animaux déjà existants. Ainsi, ce que nous faisons (ou ne faisons pas) comptent pour eux. Nous devons partir du principe que ce qui leur arrive concrètement comptent plus pour les animaux que nos théories, nos motivations ou nos buts. Aussi les actions entreprises en faveur des animaux devraient-elles être dictées par une appréciation minutieuse de ce qui risque de leur arriver plutôt que par nos inclinations, nos théories ou nos habitudes.

2. Rien n’arrive ex-nihilo

En fait, rien n’arrive si ce n’est dans un contexte particulier. Par conséquent, les actions proposées en faveur des animaux devraient être analysées individuellement et dans leurs contextes concrets, plutôt que jugés dans l’abstrait ; au lieu d’approuver ou de condamner les "actions directes" ou les "réformes welfaristes" nous devrions nous demander quels pourraient être les résultats de telle action directe ou de telle réforme welfariste, à un endroit et à un moment particuliers. Les analyses, dans leurs contextes, des tactiques proposées peuvent, en plus de fournir une meilleure méthode d’évaluation, révéler des conséquences et des perspectives à côté desquelles on aurait pu passer.

3. Les animaux sont les sujets de la libération animale

Tous les jours, et d’une multitude de façons, les animaux résistent non seulement à la captivité et à l’assujettissement mais aussi à l’intrusion des hommes dans leur habitat. Aussi les animaux devraient-ils être reconnus comme sujets, plutôt que comme objets, de la libération animale. Afin d’éviter de reproduire la dynamique de l’oppression animale dans laquelle les animaux sont vus comme des objets soumis à l‘arbitraire humain, les militants animalistes doivent apprendre à se voir comme les alliés des animaux qui cherchent à obtenir leur propre libération, et à leur accorder la même considération qu’aux humains qui cherchent à obtenir leur libération. De même que les hétérosexuels laissent aux homosexuels le droit de déterminer quelle direction doit prendre le mouvement de libération homosexuelle, les militants animalistes doivent regarder les animaux comme les leaders légitimes du mouvement de libération animale.

4. La libération comprend l’autodétermination et la liberté

La libération signifie non seulement ne plus être captif, ni soumis au travaux forcés et autres choses de ce genre, mais aussi être libre de décider de son propre destin, autant qu’il est possible de le faire à l’intérieur des contraintes naturelles imposées par le monde matériel et la vie sociale. Pour les gens, l'autodétermination signifie faire ses propres choix en ce qui concerne le domaine personnel comme les soins médicaux, et avoir une voie égale dans les décisions collectives concernant les questions sociales telles que la gouvernance. Les vrais alliés des personnes asservies, ou subissant un autre type d’oppression, respectent leur droit à l’autodétermination, en s’efforçant de les aider à obtenir ce qu’elles veulent et non en leur imposant d’autres objectifs. Donc, si une communauté de réfugiés ayant fui les persécutions raciales dit que ce dont elle a le plus besoin est une maternité, ce n’est pas à ses alliés d’insister pour que les ressources limités dont elle dispose soient utilisées pour construire une école élémentaire. De la même façon, les alliés des animaux devraient respecter leurs droits à l’autodétermination en ce qui concerne, entre autre, la question de savoir s’ils doivent endurer des souffrances extrêmes qui pourraient être soulagées.

5. Les animaux peuvent vouloir plus que la seule libération

Nous avons tendance à penser à la libération comme à l’une des choses que les gens désirent le plus pour eux-mêmes comme, par exemple, la reconnaissance juridique de leurs droits. Les animaux non-humains en tant que classe (ou des sous-groupes d’animaux non-humains) veulent peut-être plus - ou bien autre chose, que les animaux humains. Par exemple, alors que le concept de "justice environnementale" est relativement nouveau et peu répandu, beaucoup d’animaux sont plus perturbés par la pollution et le tarissement des cours d’eau causés par les humains que par leur manque de droits à l’intérieur de notre système législatif. Si jamais ils sont perturbés par notre système législatif, c’est par l’existence même de lois soutenues par les armes qui réduisent le monde naturel à des ressources exploitables par des groupes de personnes. Ainsi les poissons sauvages qui jouissent de la liberté de mouvement dans des eaux illimitées mais empoisonnées ont des demandes qui vont au-delà de la libération telle qu’elle est généralement comprise. De la même façon, les oiseaux libres menacés d’inanition à cause du changement climatique ont des demandes légitimes qui, bien qu’aussi urgentes, sont différentes de celles des oiseaux enfermés dans des cages et menacés d’inanition à cause des mues forcées.

6. Les animaux ont une voix

Bien que beaucoup de militants animalistes aiment à se désigner comme "la voix des sans voix", il n’en demeure pas moins que les animaux peuvent exprimer leurs désirs tout à fait clairement et qu’ils le font souvent. Les animaux crient dans la détresse, grondent pour se défendre et fuient la captivité. Les animaux roucoulent de contentement, se détendent lorsqu’ils se sentent en sécurité, et vont vers les choses qu’ils désirent. Qu’ils soient exprimés vocalement ou par le comportement, les souhaits des animaux peuvent être généralement compris grâce à une observation superficielle. Des indications plus subtiles peuvent être interprétées avec précision par ceux qui ont une connaissance approfondie des animaux en question.




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(4) Les humains sont des animaux. Ainsi que je l’ai dit ailleurs, la pleine reconnaissance de ce fait nécessite des changements dans notre façon de penser à la "libération animale". Toutefois, afin d’éviter des excès de verbiage, j’utilise ici  "animaux" pour parler des animaux non humains, sauf indication contraire.
(5) A des fins de concision, j’utilise le terme "militants animalistes" pour y inclure tous les militants pour les droits des animaux ou la libération animale, que leurs tactiques comprennent un travail de "défense des droits" proprement dit, ou non.

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ...(4)


7. Les militants animalistes devraient écouter les animaux


Si nous croyons vraiment que les animaux méritent l’autodétermination alors nous devons les écouter quand ils nous disent ce qu’ils veulent. Cela ne signifie pas que nous devons accéder à tous les souhaits qu’ils expriment sans tenir compte des circonstances (le chat haret qui, ignorant le concept du semi-remorque, veut courir sur une autoroute peut, à juste titre,  en être empêché) mais que nous ne pouvons pas, en toute bonne foi, prendre des décisions qui ont un impact sur la vie des animaux sans prendre leurs opinions en considération.

8. Les actions menées au nom des animaux devraient l’être dans leurs intérêts 

Les avocats doivent faire ce qui est le mieux pour leurs clients, même si cela va contre leurs propres inclinations, il en va de même pour les militants animalistes dont les décisions doivent être guidées par ce qui est le mieux pour les animaux plutôt que par un désir personnel de constance cognitive, de confort émotionnel ou de sentiment de pureté morale. Cela ne veut pas dire que les militants animalistes ne doivent jamais utiliser de rhétorique qui fasse appel aux intérêts personnels des gens. Ce type de rhétorique peut-être très efficace pour acquérir d’importantes avancées pour les animaux. Toutefois, nos propres réflexions sur ce qu’il s’agit de faire ou de ne pas faire pour les animaux devraient être inspirées par leurs intérêts plutôt que par les nôtres.

9. Les animaux diffèrent les uns des autres

Grâce à nos ancêtres communs, tous les animaux partagent certaines caractéristiques et certains besoins. Même les animaux qui semblent très différents partagent souvent d’importantes caractéristiques physiologiques, telles que les structures de base du cerveau communes aux reptiles, aux oiseaux et aux mammifères. Pourtant, en raison des branches nombreuses de l’arbre de l’évolution, les reptiles à sang froid ont des besoins très différents des oiseaux à sang chaud. Ils ont aussi des priorités différentes concernant la lutte pour se libérer de l’hégémonie humaine.

10. Des animaux différents peuvent vouloir des droits différents

Les gens diffèrent les uns des autres en ce qui concerne les droits qu’ils réclament pour eux-mêmes et l’importance qu’ils donnent à certains d'entre eux. Par exemple, le droit au logement est affirmé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme mais il n’est ni codifié dans la constitution des Etats-Unis ni considéré comme un droit par la plupart des citoyens de ce pays. Les citoyens étasuniens ont tendance à attacher une grande valeur aux droits politiques tels que la liberté d’expression mais ont manifesté la volonté d’y renoncer durant les périodes perçues comme critiques. Les gens varient aussi dans la nature - individualiste ou collectiviste - de leur conception des droits. Par exemple, les Amérindiens ont fermement revendiqué un droit collectif sur la terre et se sont opposés énergiquement au droit de propriété foncière individuelle, très valorisé par nombre de descendants d’européens. Quand on considère la grande variété de points de vue, selon l’époque et le lieu, au sein d’une même espèce, il va sans dire qu’il peut y avoir encore plus de discordances entre des espèces différentes. Et, de même que les humains ne s’accordent pas toujours entre eux, les animaux d’une même espèce peuvent avoir des perspectives différentes selon leurs situations.

11. Les intérêts d’animaux différents peuvent être contradictoires

Les intérêts légitimes de différents animaux peuvent s'opposer. Les conflits naturels, tels que les luttes entre prédateurs et proies ou les compétitions entre insectes qui utilisent la même plante, dépassent le cadre de cet article et tendent à s’équilibrer dans les écosystèmes qui n’ont pas été perturbés par les humains. Toutefois l’exploitation des animaux par les hommes a préparé le terrain pour des conflits d’intérêts anormaux, comme lorsque le droit des visons à échapper à la captivité s’oppose aux intérêts des animaux qui, d’habitude,  ne sont pas confrontés à la prédation par les visons. Puisque ces contradictions soulèvent des questions éthiques particulièrement complexes pour les militants animalistes et puisque ce que nous faisons (ou ne faisons pas) comptent pour les animaux déjà existants, il est important de faire la distinction entre contradictions certaines et contradictions éventuelles et d’être très prudent dans l’évaluation des probabilités de conflits d’intérêts.

12. Les animaux tiennent à leurs vies et à celles de certains animaux de leur entourage

A moins qu’ils n'aient été traumatisés au point d‘être complètement soumis, les animaux s’enfuient ou luttent lorsqu’on tente de mettre fin à leurs vies, démontrant par là-même qu'elles comptent pour eux. Par leur comportement, ils manifestent aussi que la vie de leurs parents, lorsqu’ils les connaissent,  ou de leurs compagnons comptent. De diverses façons, beaucoup d’animaux indiquent par leurs actions que la vie des membres de leur famille, de leur troupeau, de leur harde, et parfois même de compagnons appartenant à d’autres espèces sont importants pour eux. Les animaux sacrifient parfois leur bien-être et même leur vie, pour d’autres animaux.

13. Les animaux ne sacrifient pas leurs vies ou leur bien-être pour des inconnus

Nous ne pouvons pas savoir si la vie d’animaux inconnus comptent pour les animaux et par conséquent nous ne pouvons pas supposer qu’il existe chez eux une volonté de sacrifier leur vie pour des inconnus d’autres espèces (6). De la même façon, nous ne pouvons pas savoir si la vie d’hypothétiques animaux à venir compte pour les animaux. Alors que certains prennent soin de leurs petits, démontrant de ce fait une préoccupation  pour l’existence de futures  générations,  d’autres  ne le font  pas.  Alors que certains animaux 

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(6) Nous pouvons supposer que les animaux connus pour adopter des membres d’autres espèces pourraient se soucier des autres animaux s’ils les connaissaient mais de telles spéculations ne permettent pas de supposer que des rats de laboratoire seraient disposés à différer leur libération afin d’améliorer le bien-être des poules ou que les poules de Californie seraient prêtes à être torturées afin d’accélérer la libération des rats.

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ...(5)



s’occupent des petits de leurs semblables ou parfois même de ceux d’autres espèces, la plupart ne le font pas. Contraints de deviner si la vie d’un animal non apparenté susceptible d’exister ou non dans le futur compte pour un animal déjà existant,  nous devrions admettre que la probabilité est mince. Par conséquent, nous ne pouvons pas présumer que les animaux déjà existants sont désireux de sacrifier leurs vies ou leur bien-être pour des  animaux futurs.

14. Les animaux ne sont pas des objets


Sacrifier la vie ou le bien-être d’un animal en faveur d‘un autre animal, sans preuve que l’animal sacrifié consente à cet arrangement serait le traiter comme un objet par rapport à un autre animal. Traiter un animal comme un objet, comme un simple moyen au service d’une fin, par rapport à un autre animal n’est pas moins moralement répugnant que de traiter un animal comme un objet, ou comme un simple moyen au service d’une fin, par rapport à un humain.

15. Nuire est inévitable

Se rendre à une manifestation produit des gaz à effet de serre qui mettent en danger d’autres animaux que ceux que nous espérons aider. Entreprendre une action contre un type de cruauté envers les animaux prend toujours du temps qui aurait pu être attribué à lutter contre une autre forme de cruauté envers les animaux. Le temps consacré à certaines crises actuelles est du temps qui n’est pas consacré à des objectifs à long-terme et vice versa. Il n’est tout simplement pas possible de faire tout ce qui devrait être fait. Pas plus qu’il n’est possible de faire quoi que ce soit sans faire du mal involontairement à quelqu’un. D’où l’importance d’évaluer avec prudence les tactiques et les coopérations entre militants animalistes, y compris ceux qui se concentrent exclusivement sur la libération et ceux qui incluent dans leur travail, des efforts pour améliorer le bien-être des animaux.

16. Le bien-être animal est une composante de la libération animale

Les animaux aspirent à la liberté et au bien-être. Puisque les animaux devraient être les leaders de la libération animale et puisque les animaux déjà existants ont clairement exprimé le souhait d’être soulagés de leur propre souffrance, nous ne pouvons légitimement pas ignorer leur  bien-être  même si nous pensons que l’objectif primordial est la libération ultime des animaux. En raison de la fonction évolutionnaire de la douleur comme signal d’alarme, les souffrances aiguës tendent à occulter toute autre considération. Les animaux en grande souffrance veulent, sans l’ombre d’un doute, être soulagés de celle-ci plus que toute autre chose. Si les souffrances aiguës des animaux déjà existants peuvent être soulagées, alors nous devons le faire - ou, en tout cas, nous ne devons pas interférer avec ceux qui essaient de le faire - à moins d’être certains que les moyens employés pour y arriver nuiront à d’autres animaux déjà existants. Si ces moyens sont  susceptibles de nuire à d’autres animaux déjà existants, il devient nécessaire d'évaluer les probabilités afin de prendre des décisions éthiques. Nous ne pouvons pas refuser de soulager les souffrances d’animaux déjà existants - et certainement pas interférer avec ceux qui le font  - au nom d’éventuels futurs animaux en faveur desquels les animaux déjà existants n’ont pas consenti à être sacrifiés. Qu’un projet donné pour améliorer le bien-être puisse ou non le faire sans nuire et qu’il puisse ou non être une composante d’une stratégie à long terme pour la libération animale ne peut être établi que par l’analyse de ce projet.


Méthode d’analyse

En employant la méthode en dix étapes qui suit, concentrez-vous sur les résultats les plus probables, directs et mesurables. Si vous devez spéculer sur des questions que ne viennent éclairer aucun fait significatif, faites-le de manière responsable, en évitant les conclusions hâtives basées sur la seule théorie.

1. Pensez à l’animal

Réfléchissez aux caractéristiques physiques et physiologiques des animaux, en particulier à celles qui sont en rapport avec le type de cruauté que la réforme proposée cherche à éliminer ou atténuer. Imaginez un individu de cette espèce. Que vous dirait-il si vous pouviez communiquer ?  Si vous n’avez pas les connaissances suffisantes pour le faire, consultez des personnes qui ont une connaissance approfondie de ces animaux issue d’une expérience directe avec eux - mais qui n’ont pas cherché à les exploiter (par ex. des personnes qui travaillent dans des sanctuaires destinés à ces animaux et non des éleveurs qui prétendent connaître les animaux qu’ils exploitent.)

2. Evaluez la souffrance que la réforme est supposée soulager

Evaluez l’effet qu’ont, sur le type d’animal concerné,  les pratiques que la réforme cherche à interdire ou à réglementer, en pensant non seulement aux souffrances physiques que ces pratiques causent à l’animal mais aussi à l’impact spécifique que ce genre de contrainte, de privation ou  d’agression a sur lui (par ex. un canard est  encore plus perturbé que d’autres oiseaux par le manque d’eau).

 3. Que disent les animaux eux-mêmes sur cette souffrance ?

Même s’il paraît  évident que les animaux détestent cette souffrance et veulent qu’elle cesse, prenez le temps de vous rappeler comment les animaux expriment leur détresse et essaient d’y mettre un terme. Si vous n’êtes pas sûr de le savoir, référez-vous à ce qu’on rapporté des personnes ayant été témoins de cette souffrance, comme les militants qui sont allés dans des élevages industriels ou des laboratoires de vivisection pour recueillir des informations et/ou pour les libérer des animaux.


Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (6)



4 - Evaluez quelle serait l’étendue du soulagement apportée par cette réforme

Cette reforme abolira-t-elle la pratique en question ou est-ce qu’elle atténuera simplement les souffrances que celle-ci provoque. Si elle l’abolie, est-ce que d’autres pratiques douloureuses la remplaceront ? Dans les deux cas, quel sera l’effet de ce changement sur le bien-être des animaux directement concernés ? Améliorera-t-il le bien-être ou réduira-t-il la souffrance de façon substantielle ou superficielle ? Si vous n’avez ni les compétences ni l’expérience pour estimer si les animaux concernés éprouveront un soulagement substantiel de leur souffrance, demandez l’avis de militants animalistes ayant une expérience directe et/ou une connaissance approfondie des animaux en question.

5 - Evaluez l’impact de la réforme sur d’autres animaux

Cette mesure aidera t-elle ou nuira-t-elle à d’autres espèces animales ou à  des animaux de la même espèce mais vivant dans d’autres régions ? Dans ce cas précis, il peut s’avérer impossible d’éviter les spéculations et par conséquent il sera très important d’être prudent dans vos conclusions.

6 - Evaluez l’impact économique de cette réforme

La réforme  proposée augmentera-t-elle ou diminuera-t-elle le coût de l’exploitation animale ? Quel sera l’impact économique de la réglementation sur cette industrie ? Et quels seront les répercussions possibles de cet impact sur cette industrie et sur ceux qui consomment ses produits ?

7 - Evaluez l’impact stratégique de cette réforme

Que les partisans de cette mesure l’ai proposé ou non comme un élément d’une stratégie à long-terme visant l’abolition d’une industrie exploitant les animaux ou la libération ultime des animaux, évaluez l’impact de cette mesure sur ces stratégies. Est-ce qu’elle leur sera utile ? Se pourrait-il qu’elle leur nuise d’une façon ou d’une autre et, dans ce cas, serait-il possible d’atténuer ce préjudice ? Quand vous envisagez toutes les possibilités,  faites attention de ne donner du poids qu’aux répercussions certaines ou très probables.

8 - Evaluez la validité des arguments connus en faveur de  cette réforme

Réfléchissez aux arguments qui ont été présentés par ses partisans. Evaluez la crédibilité de ces derniers, surtout en ce qui concerne leurs compétences et leur habilité à présenter avec justesse les expériences et les intérêts des animaux en question. S’il s’agit d’arguments stratégiques, réfléchissez à l’expérience de ceux qui les défendent en ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies entraînant des changements. Plus important encore, évaluez ces arguments avec un esprit critique Sont-ils logiques ? Leurs hypothèses sont-elles factuelles ou spéculatives ? Les arguments sont-ils directs ou analogiques ? Préférez les arguments directs, logiques, basés sur des faits.

9 - Evaluez la validité des arguments connus contre cette réforme

Réfléchissez aux arguments qui ont été développés par ses opposants. Evaluez la crédibilité de ces derniers, surtout en ce qui concerne leurs compétences et leur habilité à présenter avec justesse les expériences et les intérêts des animaux en question. S’il s’agit d’arguments stratégiques, réfléchissez à l’expérience de ceux qui les défendent en ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies entraînant des changements. Plus important encore, évaluer d’un œil critique les arguments eux mêmes : sont-ils logiques ? Leurs hypothèses sont-elles factuelles ou spéculatives ? Les arguments sont-ils directs ou analogiques ? Préférez les arguments directs, logiques, basés sur des faits.

10 - Résumez vos conclusions

Récapitulez vos conclusions. Tout bien considéré, est-ce qu’elles suggèrent que cette réforme est dans l’intérêt des animaux en question ? Si certains facteurs sont en faveur de cette réforme et d’autres non,  déterminez lesquels de ces facteurs vous paraissent les plus fiables. Si les intérêts des animaux doivent être mis en balance les uns contre les autres (a) privilégiez les intérêts des animaux déjà existants sur ceux d’hypothétiques animaux à naître et (b) ne favorisez pas les conclusions qui exigent des animaux qui n’ont pas donné leur consentement, qu’ils sacrifient leurs intérêts pour ceux d’autres animaux, en gardant à l’esprit que l’auto-détermination est un élément clef de la libération animale.


Exemple : L’abolition des cages de batterie

Dans une perspective d‘application aussi large que possible, cette partie prend comme exemple l’abolition des cages de batterie en général, dans un temps qui serait le présent et une aire géographique non-déterminée. Pour analyser une réelle proposition de réforme, il aurait fallu prendre en compte les détails de la proposition ainsi que tous les faits circonstanciels s’y rapportant  (par ex. l’économie locale et la géographie).


1. Pensez à l'animal

Les poules sont des oiseaux. Les oiseaux sont des animaux mobiles et très sociaux. Une fois satisfaits les besoins élémentaires comme respirer et se nourrir, ce à quoi ils aspirent le plus est de bouger et d’avoir des contacts sociaux. Comme tous les animaux, les poules ressentent la douleur et l’ont en aversion, et comme  la  plupart  des  animaux, elles cherchent  à  l’éviter  ou à la soulager  et  sont  particulièrement  bouleversées  quand  elles  en  sont

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (7)




empêchées. Les ancêtres sauvages des poules sont la proie de plusieurs prédateurs terrestres et aériens. Par conséquent, les poules sont inquiètes dans les situations qui ne leur permettent pas de s’envoler hors d’atteinte des prédateurs potentiels.

2. Evaluez la souffrance que cette mesure est supposée soulager

La souffrance causée par les cages de batterie(7) est, à juste titre,  largement considérée comme l’une des souffrances les plus intenses et les plus persistantes parmi celles infligées aux animaux par les humains. Les poules de batteries ne peuvent pas se déplacer, se coucher confortablement, ou étendre totalement leurs ailes. Leurs pattes sont souvent estropiées à force de serrer les barreaux de la cage et les muscles de leurs pattes s’atrophient en raison du manque d’exercice. Le frottement constant contre le grillage de la cage et contre leurs compagnes cause la perte de plumes et des abrasions douloureuses. Les écorchures les plus graves se situent généralement sur le cou, que les oiseaux doivent étirer entre les barreaux des cages pour atteindre l’eau et la nourriture. Comme il leur est très difficile d’atteindre l’eau et la nourriture, et qu’il leur en est distribué juste ce qu’il faut pour leur survie, les cas de malnutrition et de déshydrations ne sont pas rares.

Les poules entassées dans des cages ont à la fois trop et trop peu de contacts sociaux, ce qui nuit à leur santé. Elles ne peuvent pas échapper à leurs compagnes de cage qui constamment empiètent sur leur espace personnel. Elles ne peuvent pas non plus passer du temps avec les compagnes de leur choix. Pour des animaux sociaux, c’est un dommage aussi grave qu’une blessure physique. Les poules devenues folles à cause de l’entassement et du confinement peuvent donner des coups de bec agressifs à leurs compagnes de cage ou sur certaines parties de leur propres corps, au point de se blesser. Afin d’éviter des pertes économiques liées à ce becquetage, les élevages industriels débecquent les poules en brûlant l’extrémité du bec des poussins. C’est un procédé douloureux qui, chez de nombreuses poules, a pour résultat de causer des douleurs névralgiques tout au long de leur vie.
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3 - Qu'est-ce que les animaux disent de cette souffrance
 
Les poules en  cages de batterie expriment clairement l’étendue de leur souffrance et leur désir d’en être soulagée. Les militants qui ont pénétré dans des élevages industriels de poules pondeuses pour documenter les conditions et/ou pour libérer des poules font invariablement état d’une cacophonie de cris de détresse. (Il est facile de distinguer ces cris des gloussements, appels et chants des poules contentes.) Certaines poules passent toutes leurs journées à essayer de s’évader. D’autres s’effondrent dans un état d’abattement tel qu‘elles ne bougent plus. Tant l’activité frénétique que l’immobilité sont des signes de détresse chez les oiseaux dont le comportement diurne normal alternerait entre attitude détendue et relaxation vigilante.

4 - Evaluez l'étendue du soulagement que cette mesure apporterait

De toute évidence, le contraste entre la vie dans une cage de batterie et la liberté relative des poules férales ou vivant dans un sanctuaire(8) est considérable. Toutefois, comme les mesures qui interdisent les cages de batterie n’interdisent pas la production d’œufs, la comparaison appropriée doit être faite entre les élevages industriels de poules pondeuses en cage et ceux hors cage.

Les élevages de poules pondeuses "plein air" et "hors cage" varient sensiblement quant à l’espace accordé à chaque oiseau, l’accès à l’extérieur pour chercher de la nourriture et prendre des bains de poussière, et les "enrichissements" tels que les perchoirs. Tandis que certaines exploitations  familiales qui vendent les œufs d’un petit nombre de poules sur les marchés fermiers ou autres ont des installations  proches de l’image que se font la plupart des gens de la production "plein air", la plupart des œufs "hors cage" ou "plein air" disponibles dans le commerce proviennent de bâtiments de type hangars dans lesquels les poules sont entassées,  ayant peu - ou pas du tout, accès à l’extérieur.

La question qui se pose est donc  : est-ce que les oiseaux élevés dans ce type d’installations souffrent sensiblement moins que ceux élevés dans des cages de batteries ? Ma réponse, basée à la fois sur une réflexion logique et sur une expérience personnelle avec des oiseaux provenant directement de ces deux types d’élevages, est  "oui ".

Même lorsqu’elles sont confinées dans les hangars surpeuplés des élevages hors cage et sans le moindre enrichissement, les poules ont la possibilité de former des groupes sociaux avec les individus de leur choix et leur liberté de mouvement est moins restreinte que celle des poules élevées en cage de batterie, qui ne peuvent ni marcher, ni étendre leurs ailes et qui ne peuvent socialiser qu’avec leurs compagnes de cage. Les oiseaux étant des animaux sociaux et mobiles,  cela représente des améliorations importantes. De plus, les poules qui ne sont pas en cage ne souffrent pas de déformations aux pattes dues au fait d’être constamment agrippées à des barreaux,  de perte de leurs plumes,  d’abrasions causées par le raclage du cou entre les barreaux pour atteindre l’eau et la nourriture,  ni de dégénérescence musculaire résultant du manque d‘exercice. Bien que frustrés par la captivité et les privations, les oiseaux qui ne sont pas en cage n’endurent pas la contrainte psychologique extrême liée au fait d’être immobilisés dans un petit espace qui rend impossible le moindre mouvement susceptible de soulager une douleur intense.

Ces conclusions sont corroborées par notre expérience à l’Eastern Shore Sanctuary, où des poules de réforme (8) provenant de ces deux sortes d’élevages ont trouvé refuge. D’après notre expérience, le degré de gravité visible des préjudices subis chez les poules qui ont passé tout leur temps dans des cages de batterie est bien supérieur à celui des poules qui ont passé un temps équivalent dans des élevage hors cage, en ce qui concerne la santé physique générale, le nombre et l’étendue des blessures spécifiques, et le niveau de traumatisme psychologique exprimé par le comportement. (Cela ne veut pas dire que les poules qui viennent des élevages hors cage n’ont ni blessure, ni traumatisme, mais simplement que l’état des poules provenant des élevages en batterie sont, selon notre expérience, nettement pire.) Les poules de réformes des cages de batteries arrivent pratiquement dépourvues de plumes, et avec des abrasions visibles sur les ailes et le cou. Certaines sont  incapables de  marcher  à cause de leurs pattes  estropiées  et   toutes



 => 8


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(7) Les faits concernent les cages de batterie sont si bien connus des militants animalistes que je ne ferai que les exposer brièvement ici. Pour un compte-rendu plus complet des souffrances endurées par les poules élevées en batterie pour la production industrielle d‘oeufs, se reporter à l’article I know Why the Caged Bird Screams , publié par Satya Magazine en février 2006.
(8) A l’Eastern Shore Sanctuary, la plupart des oiseaux dorment dans des granges qui sont fermées la nuit pour en interdire l’accès aux prédateurs mais ouvertes sur de vastes enclos durant la journée. Certains oiseaux préfèrent dormir dans les arbres et chercher leur nourriture sur de plus grandes distances. Avec le temps, ces oiseaux se sont "re-ensauvagés", formant des troupes férales dans les vies desquelles nous n’intervenons pas excepté en cas de maladie ou de blessure. Les voisins nous disent qu’ils ne pensent pas à ces oiseaux comme appartenant à quelqu’un mais plutôt comme à des résidents du voisinage, comme le héron bleu qu vit au bord du ruisseau ou les dindons sauvages qui vivent dans les bois.
(9) Les poules "de réforme" sont des oiseaux qui, après de nombreux mois à produire des œufs, ont cessé de pondre à un rythme économiquement rentable et sont, par conséquent, tuées ou mises au rebut. Les poules des élevages industriels sont généralement "réformées" après 18 mois environ.