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Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal : un guide pour ceux qui s’interrogent

par pattrice jones

https://drive.google.com/file/d/0Bwn3XdA6tlTJNTl4UHpTNS1pd00/view
 

Résumé



L’atmosphère qui règne actuellement au sein du mouvement pour les droits des animaux empêche de débattre de façon constructive des questions controversées telles que la pertinence de la législation pour le bien-être animal. Il sera nécessaire d’effectuer des modifications significatives à l‘intérieur du mouvement, tant au niveau des structures que du discours, pour permettre aux militants de collaborer dans le cadre de stratégies à multiples facettes afin d’obtenir un changement substantiel. En attendant, les mesures proposées devraient être analysées individuellement plutôt qu’approuvées ou condamnées catégoriquement. L’analyse stratégique des tactiques pour le bien-être, les droits ou la libération des animaux doivent toujours se concentrer sur les intérêts de ces derniers, tels qu’ils les ont eux-mêmes exprimés ou tels qu’ils peuvent être déduits par l’étude approfondie de leur physiologie et de leur comportement. L’analyse d’un projet de loi pour le bien-être animal devrait aussi prendre en compte le contexte contemporain, comme la situation économique de l’industrie exploiteuse en question, ainsi que les objectifs stratégiques à long terme. Dans la mesure du possible, ces analyses devraient évaluer les conséquences certaines - ou au moins très probables, du projet et éviter les spéculations basées sur des théories ou des analogies. L’analyse des données de l’exemple des cages de batterie(1) révèle, d’une part, que l’abolition de cette pratique de l’élevage industriel réduirait de façon considérable la souffrance animale et le nombre d’animaux exploités pour la production d’œufs et, d’autre part, qu’il est impossible qu’elle augmente la consommation d’œufs. A long terme, cette tactique pourrait être une composante d’une stratégie coordonnée visant à réduire la rentabilité de la production d’œufs au point qu’elle cesse d’être viable. De telles stratégies pourraient constituer le chemin le plus rapide pour saper l’exploitation des animaux pour le profit, particulièrement dans le contexte économique actuel d’augmentation des coûts de l’alimentation.


Introduction


La question de la législation en faveur de la protection animale est devenue encore plus épineuse pour les militants animalistes dans le contexte actuel de deux courants opposés, l’un qui décrit ces réformes comme contre-productives et l’autre dont l’attitude semble accréditer cette description. Le caractère acrimonieux et peu productif du débat entre partisans et opposants d’une telle législation ainsi que l'existence manifeste d'un phénomène de pensée de groupe de part et d‘autre, poussent certains militants à choisir rapidement un clan et laissent les autres frustrés et désorientés. Plutôt que de produire une critique ou une apologie supplémentaire des lois sur le bien-être animal en général, cet article propose une méthode d’analyse stratégique pouvant être utilisée pour évaluer les mesures spécifiques proposées, en prenant comme exemple la question des cages de batterie.



(1) présenté dans la dernière partie de l'article (NdT)

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¤ Texte original Strategic Analysis of Animal Welfare Legislation - A Guide for the Perplexed (2008) traduit par Marceline Pauly, et publié sur animal sujet avec la permission de l'auteure.

pattrice jones, écoféministe et militante pour la libération animale, est la co-fondatrice du Eastern Shore Sanctuary & Education Center, aujourd'hui Vine Sanctuary.


Elle est l’auteur de Aftershock, de The oxen at the intersection publiés chez Lantern Books et de nombreux essais et articles, dont Sortir de l'impasse bien-être/abolition pour défendre les animaux au présent 
et Gérer un sanctuaire
également publiés sur le blog animal sujet.
Le site de pattrice jones







Ph : CGR

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Contexte


Ces dernières années, une position "abolitionniste" intransigeante selon laquelle les efforts "welfaristes" pour améliorer le bien-être des animaux déjà existants constituent une entrave à la libération future des animaux s’est développée parmi les militants animalistes. Le style absolutiste du discours en faveur chez les partisans les plus loquaces de cette position abolitionniste a eu pour effet, avec le temps, d’estomper la distinction essentielle entre vrais "welfaristes" - comme les membres de la North Carolina Responsible Animal Owners Alliance, qui pensent que les animaux sont considérés à juste titre comme des propriétés tout en arguant qu’ils doivent être traités humainement, et les vrais militants pour la libération animale qui soutiennent les réformes pour l’amélioration du bien-être des animaux, soit en tant que mesures intermédiaires, soit en tant qu’étapes d’un plan stratégique pour leur libération. C’est ainsi que des personnalités du mouvement de libération animale comme Ingrid Newkirk de Peta (qui soutient que toute reconnaissance d’un droit quelconque de l’animal par les législateurs est un pas vers la reconnaissance de leurs pleins droits) et Karen Davis de United Poultry Concerns (qui soutient que les intérêts des individus animaux déjà existants ne devraient pas être ignorés par les humains qui prétendent parler pour les animaux en tant que groupe) ont été décrites à tort comme des welfaristes, et souvent en des termes tout à fait insultants. Cette représentation tellement caricaturale a crée une atmosphère d’hostilité dans laquelle des personnes, peu sûres de leur position dans le mouvement, peuvent hésiter à se distancer des opinions dogmatiques de crainte d’être diffamées de la même façon. Les militantes, en particulier, peuvent répugner à exprimer leur préoccupation pour le bien-être des animaux déjà existants de peur d’être taxées de faiblesse ou de sentimentalisme. Cette situation fait qu’il est difficile pour les militants de débattre des détails subtils qui doivent toujours être discutés lorsque des gens essayent de mettre leurs principes en action dans le monde réel.

Dans le même temps, certains partisans des lois en faveur du bien-être animal se sont aussi engagés dans des pratiques discursives qui rendent difficile tout débat fructueux. Ici, c’est la différence essentielle entre condamner des pratiques humaines spécifiques et promouvoir une exploitation "humaine" des animaux qui a été brouillée. Alors que la plupart des organisations qui soutiennent ou font la promotion d’initiatives pour le bien-être animal prennent grand soin de ne pas franchir cette démarcation, plusieurs gaffes mémorables ont donné une légitimité à la confusion entre abolition de pratiques spécifiques de l’élevage industriel et promotion de la "viande heureuse". Des insultes gratuites envers les militants animalistes emprisonnés, proférées par des partisans de tactiques plus modérées, amplifient l'illusion que travailler à la libération animale et se préoccuper du sort actuel des animaux relèvent nécessairement de deux projets distincts. L’opacité et le manque de responsabilité des dirigeants de quelques organisations nationales faisant la promotion du bien-être animal, ainsi que le discours véhément de certains abolitionnistes, font qu’il est difficile d’établir un dialogue productif. Déçus et en colère contre des organisations puissantes qui n’expliquent pas leurs actions et n’assument pas non plus la responsabilité de leur impact sur le mouvement, des militants de base qui devraient aider les autres à réfléchir au moyen de mettre en place des stratégies coordonnées - dont nous aurons besoin si nous voulons ouvrir une brèche dans la production et la consommation d’animaux - se réfugient dans un silence détaché ou rejoignent le camp des "abolitionnistes" qui travaillent activement à saper les efforts entrepris pour réduire les souffrances continuelles des animaux.

C’est une triste situation que l’on peut, à juste titre, qualifier de crise. Les militants animalistes représentent une assez petite minorité de la population du monde que nous voulons changer. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés. Pas plus que les animaux ne peuvent se permettre que nous nous complaisions dans l’autosatisfaction, la préférence irréfléchie pour telles tactiques particulières ou la pensée de groupe étriquée.

Il est assez urgent que nous restructurions nos organisations et notre discours afin de stimuler, plutôt qu’inhiber, la réflexion critique et la communication bilatérale(2).  A mesure que nos discussions deviendront plus productives, tous ceux qui souscrivent à l’objectif de la libération animale devraient pouvoir identifier les origines de nos désaccords, évaluer la validité de nos hypothèses, s’accorder sur les faits qu’il nous est impossible de connaître, parvenir à un consensus sur plusieurs points, et accepter nos différends concernant les questions pour lesquelles nous n’avons aucune réponse certaine et au sujet desquelles il est possible, pour des gens raisonnables, d’avoir des points de vues dissemblables tout en partageant les mêmes objectifs. Nous pourrions même découvrir un intérêt dans la recherche par essais-erreurs de stratégies multiples dans les cas où la voie menant au changement n’est pas évidente.

Entre-temps, chacun de nous doit décider s’il veut soutenir les réformes juridiques, régulièrement proposées à l‘intérieur du système, en tant qu’éléments d’une stratégie graduelle pour la libération animale et /ou pour soulager la souffrance des animaux en attendant leur libération. Les militants déterminés à travailler ou argumenter contre ces mesures ont, tout particulièrement, l’obligation d’être rigoureux dans leurs analyses.


Ax
iomes (3)

Des suppositions divergentes non formulées sont souvent à la base de points de vue différents. Par conséquent, avant de donner un aperçu de la méthode d’analyse stratégique proposée, il peut être utile d’examiner certains des principes qui ont guidé la réflexion sous-tendant cette méthode.


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(2) Les moyens par lesquels cela pourrait être accompli dépassent le champ de cet article mais sera le sujet d’un futur rapport. En attendant, vous pouvez lire la partie "Tips for organisation" de mon livre Aftershock, pour des suggestions concernant la structure organisationnelle.
(3) Les hypothèses, et les principes qui en découlent, présentés dans cette section sont extraits d’un travail en cours, plus long, dans lequel ils sont expliqués de façon plus approfondie et argumentée. En tant que féministe, je crois que le raisonnement moral devrait être mené à la fois avec le cœur et l'esprit. Toutefois, je reconnais que le discours dominant à l’intérieur du mouvement de libération animale, à l’heure actuelle, favorise la froide rationalité. Etant plus intéressée à faire avancer les choses qu’à m’exprimer, j’ai limité, dans cet article, les arguments à ceux qui peuvent être formulés à l’intérieur du discours dominant. Pour une analyse féministe explicite de nos obligations envers les poules élevées en batterie, vous pourrez vous reportez à cet article plus long lorsqu’il sera publié.




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1. Les animaux (4) existent

Les animaux déjà existants vivent dans le monde matériel et éprouvent des . plaisirs et des souffrances réels selon ce qui leur arrive. Les actions ou l’absence d’actions des militants animalistes(5) contribuent à déterminer ce qui arrive aux animaux déjà existants. Ainsi, ce que nous faisons (ou ne faisons pas) comptent pour eux. Nous devons partir du principe que ce qui leur arrive concrètement comptent plus pour les animaux que nos théories, nos motivations ou nos buts. Aussi les actions entreprises en faveur des animaux devraient-elles être dictées par une appréciation minutieuse de ce qui risque de leur arriver plutôt que par nos inclinations, nos théories ou nos habitudes.

2. Rien n’arrive ex-nihilo

En fait, rien n’arrive si ce n’est dans un contexte particulier. Par conséquent, les actions proposées en faveur des animaux devraient être analysées individuellement et dans leurs contextes concrets, plutôt que jugés dans l’abstrait ; au lieu d’approuver ou de condamner les "actions directes" ou les "réformes welfaristes" nous devrions nous demander quels pourraient être les résultats de telle action directe ou de telle réforme welfariste, à un endroit et à un moment particuliers. Les analyses, dans leurs contextes, des tactiques proposées peuvent, en plus de fournir une meilleure méthode d’évaluation, révéler des conséquences et des perspectives à côté desquelles on aurait pu passer.

3. Les animaux sont les sujets de la libération animale

Tous les jours, et d’une multitude de façons, les animaux résistent non seulement à la captivité et à l’assujettissement mais aussi à l’intrusion des hommes dans leur habitat. Aussi les animaux devraient-ils être reconnus comme sujets, plutôt que comme objets, de la libération animale. Afin d’éviter de reproduire la dynamique de l’oppression animale dans laquelle les animaux sont vus comme des objets soumis à l‘arbitraire humain, les militants animalistes doivent apprendre à se voir comme les alliés des animaux qui cherchent à obtenir leur propre libération, et à leur accorder la même considération qu’aux humains qui cherchent à obtenir leur libération. De même que les hétérosexuels laissent aux homosexuels le droit de déterminer quelle direction doit prendre le mouvement de libération homosexuelle, les militants animalistes doivent regarder les animaux comme les leaders légitimes du mouvement de libération animale.

4. La libération comprend l’autodétermination et la liberté

La libération signifie non seulement ne plus être captif, ni soumis au travaux forcés et autres choses de ce genre, mais aussi être libre de décider de son propre destin, autant qu’il est possible de le faire à l’intérieur des contraintes naturelles imposées par le monde matériel et la vie sociale. Pour les gens, l'autodétermination signifie faire ses propres choix en ce qui concerne le domaine personnel comme les soins médicaux, et avoir une voie égale dans les décisions collectives concernant les questions sociales telles que la gouvernance. Les vrais alliés des personnes asservies, ou subissant un autre type d’oppression, respectent leur droit à l’autodétermination, en s’efforçant de les aider à obtenir ce qu’elles veulent et non en leur imposant d’autres objectifs. Donc, si une communauté de réfugiés ayant fui les persécutions raciales dit que ce dont elle a le plus besoin est une maternité, ce n’est pas à ses alliés d’insister pour que les ressources limités dont elle dispose soient utilisées pour construire une école élémentaire. De la même façon, les alliés des animaux devraient respecter leurs droits à l’autodétermination en ce qui concerne, entre autre, la question de savoir s’ils doivent endurer des souffrances extrêmes qui pourraient être soulagées.

5. Les animaux peuvent vouloir plus que la seule libération

Nous avons tendance à penser à la libération comme à l’une des choses que les gens désirent le plus pour eux-mêmes comme, par exemple, la reconnaissance juridique de leurs droits. Les animaux non-humains en tant que classe (ou des sous-groupes d’animaux non-humains) veulent peut-être plus - ou bien autre chose, que les animaux humains. Par exemple, alors que le concept de "justice environnementale" est relativement nouveau et peu répandu, beaucoup d’animaux sont plus perturbés par la pollution et le tarissement des cours d’eau causés par les humains que par leur manque de droits à l’intérieur de notre système législatif. Si jamais ils sont perturbés par notre système législatif, c’est par l’existence même de lois soutenues par les armes qui réduisent le monde naturel à des ressources exploitables par des groupes de personnes. Ainsi les poissons sauvages qui jouissent de la liberté de mouvement dans des eaux illimitées mais empoisonnées ont des demandes qui vont au-delà de la libération telle qu’elle est généralement comprise. De la même façon, les oiseaux libres menacés d’inanition à cause du changement climatique ont des demandes légitimes qui, bien qu’aussi urgentes, sont différentes de celles des oiseaux enfermés dans des cages et menacés d’inanition à cause des mues forcées.

6. Les animaux ont une voix

Bien que beaucoup de militants animalistes aiment à se désigner comme "la voix des sans voix", il n’en demeure pas moins que les animaux peuvent exprimer leurs désirs tout à fait clairement et qu’ils le font souvent. Les animaux crient dans la détresse, grondent pour se défendre et fuient la captivité. Les animaux roucoulent de contentement, se détendent lorsqu’ils se sentent en sécurité, et vont vers les choses qu’ils désirent. Qu’ils soient exprimés vocalement ou par le comportement, les souhaits des animaux peuvent être généralement compris grâce à une observation superficielle. Des indications plus subtiles peuvent être interprétées avec précision par ceux qui ont une connaissance approfondie des animaux en question.




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(4) Les humains sont des animaux. Ainsi que je l’ai dit ailleurs, la pleine reconnaissance de ce fait nécessite des changements dans notre façon de penser à la "libération animale". Toutefois, afin d’éviter des excès de verbiage, j’utilise ici  "animaux" pour parler des animaux non humains, sauf indication contraire.
(5) A des fins de concision, j’utilise le terme "militants animalistes" pour y inclure tous les militants pour les droits des animaux ou la libération animale, que leurs tactiques comprennent un travail de "défense des droits" proprement dit, ou non.

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ...(4)


7. Les militants animalistes devraient écouter les animaux


Si nous croyons vraiment que les animaux méritent l’autodétermination alors nous devons les écouter quand ils nous disent ce qu’ils veulent. Cela ne signifie pas que nous devons accéder à tous les souhaits qu’ils expriment sans tenir compte des circonstances (le chat haret qui, ignorant le concept du semi-remorque, veut courir sur une autoroute peut, à juste titre,  en être empêché) mais que nous ne pouvons pas, en toute bonne foi, prendre des décisions qui ont un impact sur la vie des animaux sans prendre leurs opinions en considération.

8. Les actions menées au nom des animaux devraient l’être dans leurs intérêts 

Les avocats doivent faire ce qui est le mieux pour leurs clients, même si cela va contre leurs propres inclinations, il en va de même pour les militants animalistes dont les décisions doivent être guidées par ce qui est le mieux pour les animaux plutôt que par un désir personnel de constance cognitive, de confort émotionnel ou de sentiment de pureté morale. Cela ne veut pas dire que les militants animalistes ne doivent jamais utiliser de rhétorique qui fasse appel aux intérêts personnels des gens. Ce type de rhétorique peut-être très efficace pour acquérir d’importantes avancées pour les animaux. Toutefois, nos propres réflexions sur ce qu’il s’agit de faire ou de ne pas faire pour les animaux devraient être inspirées par leurs intérêts plutôt que par les nôtres.

9. Les animaux diffèrent les uns des autres

Grâce à nos ancêtres communs, tous les animaux partagent certaines caractéristiques et certains besoins. Même les animaux qui semblent très différents partagent souvent d’importantes caractéristiques physiologiques, telles que les structures de base du cerveau communes aux reptiles, aux oiseaux et aux mammifères. Pourtant, en raison des branches nombreuses de l’arbre de l’évolution, les reptiles à sang froid ont des besoins très différents des oiseaux à sang chaud. Ils ont aussi des priorités différentes concernant la lutte pour se libérer de l’hégémonie humaine.

10. Des animaux différents peuvent vouloir des droits différents

Les gens diffèrent les uns des autres en ce qui concerne les droits qu’ils réclament pour eux-mêmes et l’importance qu’ils donnent à certains d'entre eux. Par exemple, le droit au logement est affirmé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme mais il n’est ni codifié dans la constitution des Etats-Unis ni considéré comme un droit par la plupart des citoyens de ce pays. Les citoyens étasuniens ont tendance à attacher une grande valeur aux droits politiques tels que la liberté d’expression mais ont manifesté la volonté d’y renoncer durant les périodes perçues comme critiques. Les gens varient aussi dans la nature - individualiste ou collectiviste - de leur conception des droits. Par exemple, les Amérindiens ont fermement revendiqué un droit collectif sur la terre et se sont opposés énergiquement au droit de propriété foncière individuelle, très valorisé par nombre de descendants d’européens. Quand on considère la grande variété de points de vue, selon l’époque et le lieu, au sein d’une même espèce, il va sans dire qu’il peut y avoir encore plus de discordances entre des espèces différentes. Et, de même que les humains ne s’accordent pas toujours entre eux, les animaux d’une même espèce peuvent avoir des perspectives différentes selon leurs situations.

11. Les intérêts d’animaux différents peuvent être contradictoires

Les intérêts légitimes de différents animaux peuvent s'opposer. Les conflits naturels, tels que les luttes entre prédateurs et proies ou les compétitions entre insectes qui utilisent la même plante, dépassent le cadre de cet article et tendent à s’équilibrer dans les écosystèmes qui n’ont pas été perturbés par les humains. Toutefois l’exploitation des animaux par les hommes a préparé le terrain pour des conflits d’intérêts anormaux, comme lorsque le droit des visons à échapper à la captivité s’oppose aux intérêts des animaux qui, d’habitude,  ne sont pas confrontés à la prédation par les visons. Puisque ces contradictions soulèvent des questions éthiques particulièrement complexes pour les militants animalistes et puisque ce que nous faisons (ou ne faisons pas) comptent pour les animaux déjà existants, il est important de faire la distinction entre contradictions certaines et contradictions éventuelles et d’être très prudent dans l’évaluation des probabilités de conflits d’intérêts.

12. Les animaux tiennent à leurs vies et à celles de certains animaux de leur entourage

A moins qu’ils n'aient été traumatisés au point d‘être complètement soumis, les animaux s’enfuient ou luttent lorsqu’on tente de mettre fin à leurs vies, démontrant par là-même qu'elles comptent pour eux. Par leur comportement, ils manifestent aussi que la vie de leurs parents, lorsqu’ils les connaissent,  ou de leurs compagnons comptent. De diverses façons, beaucoup d’animaux indiquent par leurs actions que la vie des membres de leur famille, de leur troupeau, de leur harde, et parfois même de compagnons appartenant à d’autres espèces sont importants pour eux. Les animaux sacrifient parfois leur bien-être et même leur vie, pour d’autres animaux.

13. Les animaux ne sacrifient pas leurs vies ou leur bien-être pour des inconnus

Nous ne pouvons pas savoir si la vie d’animaux inconnus comptent pour les animaux et par conséquent nous ne pouvons pas supposer qu’il existe chez eux une volonté de sacrifier leur vie pour des inconnus d’autres espèces (6). De la même façon, nous ne pouvons pas savoir si la vie d’hypothétiques animaux à venir compte pour les animaux. Alors que certains prennent soin de leurs petits, démontrant de ce fait une préoccupation  pour l’existence de futures  générations,  d’autres  ne le font  pas.  Alors que certains animaux 

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(6) Nous pouvons supposer que les animaux connus pour adopter des membres d’autres espèces pourraient se soucier des autres animaux s’ils les connaissaient mais de telles spéculations ne permettent pas de supposer que des rats de laboratoire seraient disposés à différer leur libération afin d’améliorer le bien-être des poules ou que les poules de Californie seraient prêtes à être torturées afin d’accélérer la libération des rats.

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s’occupent des petits de leurs semblables ou parfois même de ceux d’autres espèces, la plupart ne le font pas. Contraints de deviner si la vie d’un animal non apparenté susceptible d’exister ou non dans le futur compte pour un animal déjà existant,  nous devrions admettre que la probabilité est mince. Par conséquent, nous ne pouvons pas présumer que les animaux déjà existants sont désireux de sacrifier leurs vies ou leur bien-être pour des  animaux futurs.

14. Les animaux ne sont pas des objets


Sacrifier la vie ou le bien-être d’un animal en faveur d‘un autre animal, sans preuve que l’animal sacrifié consente à cet arrangement serait le traiter comme un objet par rapport à un autre animal. Traiter un animal comme un objet, comme un simple moyen au service d’une fin, par rapport à un autre animal n’est pas moins moralement répugnant que de traiter un animal comme un objet, ou comme un simple moyen au service d’une fin, par rapport à un humain.

15. Nuire est inévitable

Se rendre à une manifestation produit des gaz à effet de serre qui mettent en danger d’autres animaux que ceux que nous espérons aider. Entreprendre une action contre un type de cruauté envers les animaux prend toujours du temps qui aurait pu être attribué à lutter contre une autre forme de cruauté envers les animaux. Le temps consacré à certaines crises actuelles est du temps qui n’est pas consacré à des objectifs à long-terme et vice versa. Il n’est tout simplement pas possible de faire tout ce qui devrait être fait. Pas plus qu’il n’est possible de faire quoi que ce soit sans faire du mal involontairement à quelqu’un. D’où l’importance d’évaluer avec prudence les tactiques et les coopérations entre militants animalistes, y compris ceux qui se concentrent exclusivement sur la libération et ceux qui incluent dans leur travail, des efforts pour améliorer le bien-être des animaux.

16. Le bien-être animal est une composante de la libération animale

Les animaux aspirent à la liberté et au bien-être. Puisque les animaux devraient être les leaders de la libération animale et puisque les animaux déjà existants ont clairement exprimé le souhait d’être soulagés de leur propre souffrance, nous ne pouvons légitimement pas ignorer leur  bien-être  même si nous pensons que l’objectif primordial est la libération ultime des animaux. En raison de la fonction évolutionnaire de la douleur comme signal d’alarme, les souffrances aiguës tendent à occulter toute autre considération. Les animaux en grande souffrance veulent, sans l’ombre d’un doute, être soulagés de celle-ci plus que toute autre chose. Si les souffrances aiguës des animaux déjà existants peuvent être soulagées, alors nous devons le faire - ou, en tout cas, nous ne devons pas interférer avec ceux qui essaient de le faire - à moins d’être certains que les moyens employés pour y arriver nuiront à d’autres animaux déjà existants. Si ces moyens sont  susceptibles de nuire à d’autres animaux déjà existants, il devient nécessaire d'évaluer les probabilités afin de prendre des décisions éthiques. Nous ne pouvons pas refuser de soulager les souffrances d’animaux déjà existants - et certainement pas interférer avec ceux qui le font  - au nom d’éventuels futurs animaux en faveur desquels les animaux déjà existants n’ont pas consenti à être sacrifiés. Qu’un projet donné pour améliorer le bien-être puisse ou non le faire sans nuire et qu’il puisse ou non être une composante d’une stratégie à long terme pour la libération animale ne peut être établi que par l’analyse de ce projet.


Méthode d’analyse

En employant la méthode en dix étapes qui suit, concentrez-vous sur les résultats les plus probables, directs et mesurables. Si vous devez spéculer sur des questions que ne viennent éclairer aucun fait significatif, faites-le de manière responsable, en évitant les conclusions hâtives basées sur la seule théorie.

1. Pensez à l’animal

Réfléchissez aux caractéristiques physiques et physiologiques des animaux, en particulier à celles qui sont en rapport avec le type de cruauté que la réforme proposée cherche à éliminer ou atténuer. Imaginez un individu de cette espèce. Que vous dirait-il si vous pouviez communiquer ?  Si vous n’avez pas les connaissances suffisantes pour le faire, consultez des personnes qui ont une connaissance approfondie de ces animaux issue d’une expérience directe avec eux - mais qui n’ont pas cherché à les exploiter (par ex. des personnes qui travaillent dans des sanctuaires destinés à ces animaux et non des éleveurs qui prétendent connaître les animaux qu’ils exploitent.)

2. Evaluez la souffrance que la réforme est supposée soulager

Evaluez l’effet qu’ont, sur le type d’animal concerné,  les pratiques que la réforme cherche à interdire ou à réglementer, en pensant non seulement aux souffrances physiques que ces pratiques causent à l’animal mais aussi à l’impact spécifique que ce genre de contrainte, de privation ou  d’agression a sur lui (par ex. un canard est  encore plus perturbé que d’autres oiseaux par le manque d’eau).

 3. Que disent les animaux eux-mêmes sur cette souffrance ?

Même s’il paraît  évident que les animaux détestent cette souffrance et veulent qu’elle cesse, prenez le temps de vous rappeler comment les animaux expriment leur détresse et essaient d’y mettre un terme. Si vous n’êtes pas sûr de le savoir, référez-vous à ce qu’on rapporté des personnes ayant été témoins de cette souffrance, comme les militants qui sont allés dans des élevages industriels ou des laboratoires de vivisection pour recueillir des informations et/ou pour les libérer des animaux.


Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (8)

demeurent plus sujettes aux blessures de pattes que  la  plupart des  oiseaux. D'autres sont physiquement capables de marcher mais incapables d'envisager la possibilité de le faire. Cela peut prendre des jours avant que ces oiseaux se risquent à marcher. Le degré de panique et de terreur qu’ils expriment est difficile à décrire. Leur comportement est considérablement plus frénétique et déséquilibré que celui des autres oiseaux à leur arrivée (y compris ceux venant des élevages hors cage) et il demeure tel pendant un certain temps.

Par conséquent, même confinées dans des élevages hors cage dépourvus d’enrichissement, les poules, grâce à l’abolition des cages de batterie,  connaîtraient une amélioration considérable de leur bien-être tant physique que psychologique. De plus, l’impossibilité de confiner le même nombre de poules dans des hangars hors cage signifie que l’abolition des cages de batterie, si elle est largement appliquée, devrait avoir pour résultat une réduction du nombre de poules détenues pour la production d’œufs.

Les cages de batterie ont été inventées dans le but de confiner un grand nombre de poules dans un espace relativement petit. Les poules sont entassées dans des cages qui sont ensuite empilées les unes sur les autres. Cette utilisation de l’espace vertical permet aux producteurs d’œufs d’enfermer des centaines de milliers de poules sur des parcelles de terre relativement petites. Les cages de batterie sont devenues la norme dans l’industrie des œufs car c’est le seul moyen  économique de confiner un nombre aussi important d’oiseaux  par mètre carré d’espace disponible.

La terre agricole est une ressource limitée qui va en diminuant ces dernières années en raison de l’accroissement de la population humaine, de l’étalement urbain, de la désertification et probablement du changement climatique.  Si la quantité de terre disponible pour la production d’œufs n’augmente pas et si les cages de batterie sont interdites, alors le nombre de poules confinées pour la production d’œufs diminuera nécessairement.

Par conséquent, cette réforme diminuerait sensiblement l’étendue des souffrances endurées par chaque poule concernée par l’interdiction et, si celle-ci était largement appliquée, le nombre de poules enfermées pour la production d’œufs, ce qui représenterait une réduction significative de la souffrance animale.

5 - Evaluez l'impact de cette mesure sur d'autres animaux

Il semble qu’il n’y ait pas matière à  penser qu’une telle mesure affecterait des animaux autres que les poules. On pourrait argumenter que toute mesure qui garantit un droit quelconque à n’importe quel animal constitue une étape vers la pleine reconnaissance des droits des animaux ou, qu’inversement,  toute  mesure qui reconnaît implicitement la légitimité de l’élevage peut ralentir cette reconnaissance,  mais de tels arguments sont strictement spéculatifs.

Dans le contexte de l’élevage mondialisé, la question de l’impact de cette réforme sur d’autres poules, ailleurs, est légitime. Il est toujours possible que des pratiques interdites à un endroit se déplacent tout simplement ailleurs. Si des exploitations de poules en cages de batterie se déplacent de la région concernée vers d’autres régions, le même nombre de poules souffriront des mêmes mauvais traitements mais en des lieux différents. Toutefois, les coûts supplémentaires nécessaires pour le transport des œufs devraient, dans le contexte d’une hausse rapide du prix du pétrole, augmenter les prix, réduisant ainsi la demande, et finalement la production. De même, les coûts considérables de relocalisation(10) pourraient être répercutés sur les consommateurs, avec des effets similaires sur la demande. C‘est pourquoi, même si cette mesure provoquait une relocalisation, elle devrait conduire à une diminution du nombre de poules confinées pour la production d’œufs. Néanmoins, l’abolition des cages de batterie dans une région spécifique devrait, afin d’éviter de se contenter de déplacer les lieux de maltraitance,  faire partie d’une stratégie à long-terme pour faire appliquer l’interdiction partout .

6 - Evaluez l'impact économique de la mesure proposée
 
Les cages de batteries ont été inventées car elles constituent le moyen le plus rentable
pour la distribution commerciale de produire de grandes quantités d’œufs. Les élevages industriels de poules pondeuses sont des entreprises à but lucratif. Lorsque les coûts augmentent, le taux de profit baisse à moins de hausser les prix. La hausse des prix tend à faire diminuer la demande des consommateurs(11). La diminution de la demande conduit à des réductions du bénéfice net même lorsque le taux de profit est maintenu. Les cages de batterie ont été créées pour réduire les coûts en réalisant des économies d’échelle et en diminuant au maximum les frais par oiseau. L’élimination des cages de batterie élèverait sensiblement les coûts. Nous ne sommes pas en mesure de savoir si les producteurs d’œufs qui utilisent actuellement des cages de batterie choisiraient de se ré-équiper ou de déménager leurs entreprises mais, dans les deux cas, les coûts de transition et les coûts à long terme seraient plus élevés et auraient tendance à réduire les bénéfices. Cette réforme pourrait aussi faire baisser les profits des producteurs d’œufs issus de poules élevées hors cage qui ne pourraient plus faire payer un supplément au nom d’un traitement "humain" des poules puisque leurs pratiques deviendraient alors la norme. L’impact économique global sur cette industrie serait d’occasionner des frais transitoires suivis de charges d’exploitation définitivement plus importantes. Actuellement, avec les coûts de l’alimentation au plus haut et ceux du pétrole élevés et en augmentation, cet impact pourrait être sensiblement préjudiciable.

7 - Evaluez l'impact stratégique de la mesure proposée

Cette mesure pourrait jouer un rôle dans une stratégie économique visant à réduire le retour sur investissement pour les producteurs d’œufs - ce qui les mènerait finalement à abandonner leur activité, mais seulement si elle s’accompagnait d’autres tactiques destinées à hausser les coûts tout en réduisant la demande. Les tactiques pour augmenter les coûts comprennent les réglementations environnementales et les actions directes. Parmi les tactiques pour réduire la demande, il y a les campagnes de sensibilisation sur les risques de la consommation d’œufs pour la santé et les bénéfices pour celle-ci d’une alimentation végétalienne, ainsi que l’argumentation  éthique contre l’exploitation des animaux.



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(10) Comme tous les élevages industriels, la production d’œufs  en  cages  de  batterie  est  une entreprise à forte intensité de capital avec des coûts de démarrage élevés.
(11) C’est particulièrement vrai pour les articles qui ne sont pas perçus comme essentiels ; aussi serait-il judicieux de faire coïncider les campagnes véganes de sensibilisation aux conséquences sur la santé de la consommation d’œufs avec l’information sur les alternatives aux œufs, bonnes pour la santé et délicieuses.

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal ... (9)



L’impact potentiel de cette mesure sur les stratégies politiques pour obtenir la reconnaissance des droits des animaux par les gouvernements humains est moins facile à évaluer - mais il est peut probable qu'il soit notable dans un sens ou dans l’autre. D’un côté, cette réforme reconnaît implicitement le fait qu’actuellement de nombreuses poules sont légalement considérées comme des biens et, dès lors, pourrait être interprétée comme une acceptation de cet état de fait(12). D’un autre côté, on peut objecter que cette réforme, en revendiquant certains droits pour des êtres considérés comme des propriétés, serait susceptible d’avoir un effet déstabilisant en introduisant une contradiction dans le système. De la même façon, la reconnaissance de plusieurs droits pourrait être utilisée comme un levier pour obtenir des droits accrus. Par conséquent,  on peut aussi bien spéculer sur l’éventualité que cette réforme contribue aux efforts pour l’obtention de droits légaux pour les animaux que sur l’éventualité contraire. D’une façon ou d’une autre, l’impact serait probablement minime, étant donné l’ampleur de la tâche et le caractère relativement négligeable d’une telle mesure par rapport à  l’enchevêtrement des lois qui, à travers le monde, piègent les animaux en les réduisant à l’état de propriété.

L’impact potentiel de cette réforme sur les stratégies politiques pour libérer totalement les animaux de la gouvernance des humains est également difficile à estimer mais il ne serait probablement pas important. Son adoption et son application dépendent de l’action du gouvernement et sont donc en contradiction avec une stratégie strictement anarchiste de non-coopération avec un système légal que beaucoup considère comme un outil intrinsèquement violent au service des intérêts des  possédants(13). Cependant, puisque le choix de certains militants d’influer ou de travailler à l’intérieur des structures existantes du pouvoir ne gêne en rien la capacité d’autres militants à travailler en dehors de cette structure ou à l’ébranler sérieusement, et puisque le passage de cette réforme ne saurait renforcer de façon sensible le gouvernement ou son système juridique, le passage de cette réforme modérée ne pourrait pas nuire de façon sensible aux efforts de ceux dont le but est de libérer les animaux en démontant le système politique construit sur l’édifice des droits de propriété.

Par conséquent, d’un point de vue stratégique, l’impact politique de cette mesure est incertain mais probablement négligeable. Toutefois, elle pourrait être une composante substantielle d’une stratégie économique pour rendre l’exploitation animale moins lucrative. 


8 - Evaluez la validité des éléments connus en faveur de cette mesure

L'argument selon lequel cette réforme améliorera le bien-être des poules détenues pour la production d’œufs semble, à l‘évidence,  valable,  soutenue par des preuves, et a été avancé par des experts connus pour mettre les intérêts des poules au-dessus des autres considérations. L’argument selon lequel cette réforme conduira à une réduction du nombres de poules détenues pour la production d’œufs semble valable à la lumière de la disponibilité limitée - et en diminution rapide, de la terre agricole, puisque cette mesure nécessite sensiblement plus d’espace par oiseau. L’argument selon lequel cette réforme favorisera l'acquisition de droits supplémentaires pour les poules se fonde sur une théorie du changement social qui ne peut être ni démontrée ni réfutée. L’argument selon lequel elle pourrait participer à une stratégie économique destinée à rendre l’élevage moins rentable paraît valide, puisque qu’elle augmentera les coûts d’exploitation.

9 - Evaluez la validité des critiques connues de cette mesure

L’argument qui soutient que cette réforme équivaut à promouvoir un  élevage "humain" est, à l’évidence, fallacieux. S’opposer a une chose ne signifie pas automatiquement en soutenir une autre. Tant que les partisans de cette réforme s’abstiennent de chanter les louanges des œufs produits « sans cruauté», leur opposition aux cages de batterie n’équivaut pas à un soutien à d’autres méthodes de production d’œufs pas plus que l’opposition aux agressions avec une arme à feu n’équivaut à un soutien aux agressions avec un couteau. L’argument selon lequel cette réforme augmenterait la consommation d’œufs par des consommateurs rassurés à l’idée de poules heureuses n‘est corroboré par aucune preuve tangible. Même si un sous-ensemble de consommateurs, qui auraient pu cesser de manger des œufs en raison d’un sentiment de mauvaise conscience vis-à-vis des poules en cages de batterie, continuaient d’en manger, et même si certaines personnes, après avoir cessé de consommer des œufs par mauvaise conscience recommençaient à le faire, cette réforme aurait pour résultat inévitable de diminuer la production d’œufs. S’il y a moins d’œufs, les gens ne pourront pas en  manger plus. D‘autre part, même si cet argument était soutenu par des faits, il ne constituerait pas une raison valable pour refuser d’abolir les cages de batterie. Soumettre à la torture des poules afin de rendre la consommation de leurs œufs inconfortable serait traiter ces poules comme des objets et cela n’est pas acceptable moralement.

L’argument selon lequel l’abolition des cages de batterie retardera, d’une certaine façon,  l’obtention des droits pour les animaux ou leur libération s’appuie sur une théorie du changement social et ne peut être ni prouvé ni réfuté sur la base de faits disponibles. Mais là encore, même si cet argument s’appuyait sur de faits, ce ne serait pas une raison valable pour refuser l’interdiction des cages de batterie. Certains militants qui travaillent à leur propre libération ou à la libération d’autres personnes s’engagent de leur plein gré dans des actions qui peuvent les conduire en prison ou à être torturés.  Cependant, nous ne demanderions jamais qu’un groupe de gens endure la prison et la torture afin de faciliter la libération d’un autre groupe de gens. Puisque les poules n’on pas manifesté leur volonté de sacrifier leur propre bien-être en faveur de futurs animaux, nous n’avons pas le droit d’exiger d’elles qu’elles restent prisonnières pour l’éventuel bénéfice d’éventuels futurs animaux qui leurs sont inconnus.

10 - Récapitulez vos conclusions

Les poules veulent sortir de leur cages. Les poules piégées dans les cages de batterie endurent un degré de souffrance qui est pratiquement inimaginable pour les gens qui n’ont pas eu à endurer de torture similaire. Les poules expriment  clairement  leur  détresse  et  leur désir de  sortir de ces  cages.


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12 - Ce serait un argument peu convaincant - faire valoir que les militants pour la libération animale emprisonnés méritent d’avoir des repas végétaliens ne signifie pas que l’on approuve leur emprisonnement - mais on l’entend si fréquemment qu’il doit, au moins, être évoqué ici.
13 - Pour en savoir plus sur la propriété (et les lois qui la protègent) en tant que concept fondamentalement violent, voir mon article paru dans Satya magazine en octobre 2005, What’s wrong with rights ?, et mon chapitre "Stomping with the éléphants" publié dans le recueil Igniting a révolution, paru en 2006.

Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal réforme... (10)


Les poules préfèreraient certainement être libres. Si elles doivent être détenues  - et il n’est pas encore en notre pouvoir de les libérer, alors elles préfèrent avoir la possibilité de bouger, d’étirer leurs ailes, et d’interagir librement entre elles.

La réforme proposée donnerait aux poules une chose à laquelle elles aspirent. A moins d’éléments prouvant que donner aux poules ce qu’elles veulent nuit à d’autres animaux, il n’y a aucune raison de leur refuser ce soulagement.

Les arguments indémontrables basés sur des théories pour ou contre la réforme se neutralisent. Les éléments matériels témoignent  tous de la nécessité d’accorder aux oiseaux ce qu’ils veulent. Si nous pensons qu’ils méritent réellement le droit à l’auto-détermination, alors c’est ce que nous devons faire.

Les éléments concrets suggèrent aussi que cette réforme pourrait être un des facteurs d’une stratégie à multiples facettes destinée à rendre la production d’œufs non-rentable et partant, non viable. Afin de mettre en œuvre une telle  stratégie, qui exigerait aussi de faire baisser la demande d’œufs par d’autres moyens, les partisans de cette réforme doivent être attentif à ne pas sembler promouvoir les œufs produits par d’autres méthodes d’élevage.


Recommandations

* Au lieu de soutenir ou de condamner dans l’abstrait les réformes "welfaristes, les militants animalistes devraient analyser individuellement chaque mesure proposée.
* En analysant ces réformes, les militants devraient, pour tirer les conclusions,  porter une attention particulière aux résultats concrets probables plutôt qu’aux théories.
* Ici comme ailleurs, les militants doivent être attentifs aux souhaits exprimés par les animaux, et leur donner plus de poids qu’aux théories des gens.
* Les réformes pour le bien-être qui offrent un soulagement de souffrance substantiel tout en augmentant les coûts de l’exploitation animale, devraient être privilégiées,  tant que rien ne vient démontrer qu’elles sont par ailleurs nuisibles.
* En travaillant en faveur de ces réformes, les militants doivent faire attention à ne pas promouvoir, involontairement, les produits issus d'animaux élevés "humainement".
* En discutant de leurs désaccords, les militants doivent résoudre les conflits selon une approche constructive ; éviter les discussions conflictuelles, préferez les efforts conjoints visant à découvrir un terrain d‘entente, à trouver des éléments susceptibles de résoudre les différences, ou à parvenir à un consensus quand c’est possible, et accepter que des alliés diffèrent au sujet de théories indémontrables.
* En forgeant leurs stratégies, les militants doivent respecter la diversité tactique, et admettre que les changements sociaux, politiques et économiques majeurs tendent à survenir seulement après une période troublée pendant laquelle différents acteurs cherchent à atteindre le même but par divers moyens.


Conclusion

Les industries exploitant les animaux sont des entités multinationales immorales qui exercent un immense pouvoir économique et bénéficient de la faveur des gouvernements. Leur principale faiblesse est que, comme toutes industries de capitaux, elles ont besoin d’investisseurs qui, à leur tour, ont besoin de taux de rentabilité élevés. Elles pourraient être conduites à cesser leurs activités grâce à une stratégie à multiple facettes, où les efforts pour réduire la consommation via l’éducation au véganisme et d’autres tactiques s’associent aux efforts pour augmenter les coûts par diverses méthodes,  y compris l’action directe et les réglementations coûteuses. Puisque nous avons le devoir moral d’écouter les animaux jà existants et de travailler pour la libération des futures générations d’animaux, les efforts pour améliorer le bien-être animal devrait être entrepris dans le cadre de ces stratégies.

Les réformes qui rendent le confinement intensif illégal et/ou exigent de l’espace pour la recherche de nourriture réduisent nécessairement le nombre d’animaux susceptibles d’être tenus en esclavage sur n’importe quelle parcelle de terre. La terre agricole est une ressource limitée qui va en diminuant ces dernières années en raison de l’accroissement de la population humaine, de l’étalement urbain, de la désertification et probablement du changement climatique. En bref, la terre agricole devient de plus en plus rare et chère. Par conséquent, de toutes les réformes pour le bien-être, celle qui requiert davantage de superficie par animal pourrait être la plus utile stratégiquement,  tout en remplissant son rôle principal qui est d’apporter un soulagement immédiat à des souffrances aiguës.

Prendre ces facteurs en considération devrait inciter les militants animalistes à soutenir, ou au moins à s’abstenir de condamner, des dispositions qui à la fois permettent de soulager des souffrances et d’augmenter les coûts de production. Cela demande que chaque disposition pour le bien-être animal soit étudiée séparément. Ces analyses peuvent aider à sortir le mouvement de  l’immobilisme induit par l’argumentation abstraite sur le "bien-être".

Les animaux existent. Lorsque les militants animalistes se disputent plus qu'ils n'agissent, les animaux déjà existants en subissent les conséquences. Les animaux ont le droit à l’autodétermination. Leur souhaits, plutôt que nos théories, devraient nous guider dans les actions que nous menons en leur nom. Les animaux veulent être libres et soulagés de leurs souffrances.

Le bien-être animal et la libération des animaux ne devraient pas être des projets séparés. Dans le cas de l’élevage industriel, les réformes pour le bien-être peuvent apporter un soulagement immédiat tout en participant aux stratégies économiques visant à conduire les industries d’exploitation animale vers la cessation d’activité. Pour le moment, l’augmentation des coûts de l’alimentation liée au boom des biocarburants rendent les élevages industriels plus que jamais vulnérables économiquement. C’est le moment de mettre de côté nos différences basées sur des théories afin d’agir pour les animaux qui vivent aujourd’hui dans le monde réel.





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