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Comprendre l'idéologie carniste pour communiquer plus efficacement avec les mangeurs de viande

par Melanie Joy



https://docs.google.com/file/d/0Bwn3XdA6tlTJTkVQV0FNSUlUZ09CVlVfSW1FZG5Idw/edit


Femme-attablée-devant-1-poulet-embrassant-un-chat
Pour beaucoup de végétariens, vivre dans un monde où l’on consomme de la viande est un défi quotidien. Les végétariens sont minoritaires dans cette culture, dominante, de la consommation de viande et ils sont entourés d’images, de comportements et d’attitudes qui blessent leur sensibilité profonde. Ils sont sans cesse témoins des conséquences profondément affligeantes de notre culture de la viande, des morceaux de corps d’animaux morts tapissant les rayons des magasins d’alimentation jusqu’aux insultes spécistes qui rabaissent les animaux d’élevage (e.g. "sale porc" ou "grosse vache"). Leurs fortes réactions émotionnelles, comme le chagrin, le désespoir, la colère et l’horreur - qui sont des réponses normales et appropriées lorsque l’on est témoin de la violence et de l’exploitation - sont souvent ignorées ou ridiculisées, et eux-mêmes sont parfois taxés de "sensiblerie écolo".

Pourtant ce qui est le plus pénible pour beaucoup de végétariens c’est le fait que des êtres humains sympathiques continuent à participer à cette même culture qui cause tant de souffrances. Il est, au mieux, difficile de comprendre comment une "bonne" personne peu soutenir des pratiques aussi cruelles, et il est très facile pour les végétariens de voir les mangeurs de viande comme des personnes égoïstes, inhumaines et, en fin de compte, mauvaises. Cette façon de voir est la raison primordiale pour laquelle les végétariens réagissent avec une telle charge émotionnelle envers les mangeurs de viande, en particulier vis à vis de ceux dont ils sont le plus proche et envers lesquels ils peuvent ressentir des émotions contradictoires : amour/ressentiment, respect/mépris, confiance/colère, etc. Bien que compréhensible, une telle réactivité émotionnelle est en fin de compte contre-productive : elle cause généralement beaucoup de désarroi aux végétariens et offensent les mangeurs de viande, réduisant ainsi les chances qu’ils reconsidèrent leur choix alimentaires. Aussi sommes-nous tous perdants - végétariens, mangeurs de viande, et animaux.

Prendre conscience de la psychologie liée à la viande peut aider les végétariens à transformer leur frustration en compréhension et à devenir des militants plus efficaces. Cela peut aider aussi les mangeurs de viande - qui sont à la fois les participants et les cibles de ce système violent, à mieux comprendre leur propre relation à la consommation de viande, une relation qui en fin de compte est contraire à leur intérêt.

J’ai déjà discuté du fait qu’il existe un système de croyance - ou idéologie, invisible qui façonne la relation de la culture dominante avec la viande. J’appelle cette idéologie le carnisme. Le carnisme est l’opposé du végétarisme : c’est le système de croyance selon lequel on considère éthique et approprié de manger (certains) animaux. Tant que la viande n’est pas nécessaire à notre survie, manger de la viande est un choix, et les choix naissent des convictions. (Les termes omnivore et carnivore désignent une prédisposition biologique plutôt qu’une orientation idéologique - les carnistes ne mangent pas de viande parce qu’ils sont biologiquement des omnivores, comme les végétariens, mais parce qu’ils choisissent de le faire.)

Le carnisme a l’immense pouvoir de façonner les perceptions que les gens ont des animaux et de la viande qu’ils mangent, en guidant leur choix comme une main invisible. A l’instar d’autre systèmes dominants, le carnisme est bien établi - il est soutenu par toutes les principales institutions, de la famille au gouvernement, et il est aussi intériorisé, construisant notre perception des animaux que nous avons appris à manger avant d’avoir l’age de dire nos propres noms. Les mythes selon lesquels manger de la viande est normal, naturel et nécessaire sont tellement enracinés dans notre inconscient que la consommation de viande est considérée plus comme un fait acquis que comme un choix. Le carnisme est un système d’exploitation violent qui dépend de la participation de la population pour se maintenir. Et parce qu’en réalité la plupart des gens aiment les animaux et ne veulent pas qu’ils souffrent, le carnisme est organisé de façon à permettre aux humains de participer à des pratiques inhumaines sans réaliser pleinement ce qu’ils font. Le système est maintenu par un ensemble de défenses spécifiques, à la fois externes (sociales) et internes (psychologiques) qui bloque la capacité de chacun à comprendre la réalité de la viande ; elles transforment l’empathie naturelle en apathie, de sorte que la viande est ressentie comme appétissante plutôt que repoussante. Ces défenses sont aussi la raison pour laquelle beaucoup de carnistes réagissent de façon négative aux végétariens et au végétarisme.

Les mécanismes de défenses carnistes sont extensifs et intensifs, et difficiles à démonter. La plupart des végétariens ont été carnistes, tout en étant conscients, dans une certaine mesure, que les animaux devaient mourir pour se retrouver dans leur assiette. Lorsque nous sommes confrontés à des carnistes récalcitrants, il est facile d’oublier son propre vécu de carniste et le fait que demander à des carnistes d’arrêter de manger de la viande ne signifie pas demander une simple modification de comportement, mais aussi une modification identitaire - une changement fondamental de leurs relations aux animaux, à la nourriture et à eux-mêmes. Comprendre le carnisme peut aider les végétariens à distinguer le comportement d’un carniste (e.g. manger de la viande) de sa personnalité, à faire preuve de patience et de compassion envers les carnistes et, par conséquent, à communiquer leur message avec plus d’efficacité.# Plus les végétariens apporteront de la compassion dans leurs échanges avec les carnistes, plus ils seront à même de cultiver la compassion chez ces derniers - et cela profitera finalement à tous - y compris aux animaux.


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# Dans Strategic actions for animals, je consacre un chapitre aux principes de communication efficace ainsi qu’aux outils spécifiques à employer lorsque l’on discute avec des carnistes.



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Texte original Understanding the Mentality of meat to Communicate More Effectively with Meat Eaters publié intialement sur le site de Compassionate Action for Animals, en août 2009, traduit de l'anglais par Marceline Pauly et publié sur animal sujet avec la permission de l'auteure.

ill.: "Contradicción" - Roma Velarde
 
 
http://books.google.fr/books/p/red_wheel_weiser3?id=10WaaHcY06IC&dq=why+we+love+dogs,+eat+pigs,+and+wear+cows&ei=og3hUpuxDMGegAfmyYHIDA&cd=1&redir_esc=yMelanie Joy est professeur de psychologie à l’Université du Massachusetts, à Boston. Elle est l'auteur de Strategic Actions for Animals : A Handbook on Strategic Movement Building, Organization, and Activism for Animal Liberation , Lantern Books, 2008 et de  Why We Love dogs, Eat Pigs and Wear Wear Cows : An Introduction to Carnism  (Conari Press, 2010) dont on peut lire une traduction du premier chapitre sur le site des Cahiers antispécistes ainsi que le résumé de 4 autres chapitres dans lesquels l'auteur expose le fonctionnement de l'idéologie carniste.
Autres articles traduits en français :  Qu'est-ce que le carnisme ?

Site Carnism Awareness & Action Network (CAAN)

Sortir de l'impasse bien-être /abolition pour défendre les animaux au présent

par pattrice jones

https://drive.google.com/file/d/0Bwn3XdA6tlTJeUZlTFMzNzBfU3M/view?usp=sharing

Lorsque Jenny Brown a pris le micro pour demander pourquoi des producteurs de viande issue d’animaux élevés "humainement" avaient été invités à promouvoir leurs produits et leurs pratiques à la conférence Taking Action for Animals de 2007, à Washington DC, elle s’est fait huée par certaines personnes de l’assistance. Durant les discussions informelles qui ont eu lieu à l’Animal Rights National Conference à Los Angeles cette même année, des militants partisans de progrès réellement importants pour les animaux, comme l’abolition des cages de batterie, ont été ridiculisés - au point que certains ont fondu en larmes, par d’auto-proclamés "abolitionnistes" qui les ont décrit de façon fallacieuse comme des "welfaristes" non dévoués à la cause de la libération des animaux. Dans un cas comme dans l’autre, les militants chevronnés ont fini épuisés et frustrés tandis que les nouveaux venus ont quitté leur première conférence avec une impression de confusion et de futilité.

Regardons la réalité en face : la multitude de controverses autour de la question de savoir si les efforts pour soulager les souffrances des animaux déjà existants (actual animals) aident ou nuisent à la lutte à long-terme pour la libération animale a sombré dans une spirale mortifère qui elle-même dessert cette lutte, en démoralisant les militants et en dissuadant beaucoup d’entre eux d’entreprendre toute activité en faveur des animaux - hormis argumenter pour promouvoir une éthique vegan. Pendant ce temps, la consommation mondiale de viande est au plus haut et continue de croître, les vivisecteurs demandent aux gouvernements de les protéger en poursuivant en justice en tant que "terroristes" les militants pour la libération animale, et le changement climatique menace la santé et l’habitat d’un nombre toujours croissant d’espèces. Nous pouvons sortir de cette impasse si, et seulement si, nous voulons apprendre à discuter de façon constructive, à choisir nos mots avec soin, à respecter la biodiversité tactique, et à analyser les actions stratégiques avec une compréhension aiguë des facteurs psychologiques, historiques et économiques. Examinons-les, chacune à tour de rôle, car les animaux ont besoin, pour être mieux aidés, que nous instaurions une meilleure entente entre militants.




Résolution créative des conflits

Nos discussions devraient permettre d’identifier les terrains d’ entente les plus vastes possibles, en examinant minutieusement les origines de nos désaccords. L‘objectif, c’est le consensus plutôt que la victoire pour l’un ou l’autre «camp».

Pour atteindre cet objectif nous devons, lorsque nous discutons entre militants pour la libération animale, partir du principe que chacun de nous agit en toute bonne foi, essayant autant que possible de faire ce qui est bien, et que nos désaccords sont dus pour la plupart à des divergences de vues concernant le meilleur moyen d’atteindre notre objectif commun. Ces différences peuvent trouver leur origine soit dans une analyse différente des faits significatifs, soit dans l’adhésion à différentes théories du changement social.

Il est essentiel de distinguer les questions factuelles des questions théoriques, en privilégiant les faits sur la théorie et en évitant l’utilisation d’analogies, qui ont tendance à être interprétées différemment selon les personnes et qui, en aucun cas, ne constituent des preuves. Par exemple, l’idée que les réformes pour le bien-être ouvrent la voie à l’acquisition de droits légaux plus substantiels est une théorie du changement social ; l’idée que de telles réformes ralentiront la marche vers l’obtention de droits légaux est aussi une théorie du changement social. Il est impossible, sur la base des faits disponibles, de prouver que l’une ou l’autre est vraie ou fausse et c’est pourquoi, pour en débattre, des propos modérés plutôt que des assertions dogmatiques sont recommandés. Les analogies, comme celle de l’esclavage par exemple, n’aident pas à clarifier la question.

Quels sont les faits dont nous disposons ? Qu’est-ce qu’ils suggèrent examinés dans leur ensemble ? La quête commune pour le découvrir, si elle est faite dans un esprit ouvert de coopération, pourrait conduire à de nouvelles théories plus nuancées, lesquelles pourraient nous indiquer de futures stratégies. Par exemple, considérer le fait que la disponibilité limitée - et en régression, des terres agricoles suggère non seulement que les craintes d’une augmentation de la consommation des produits animaux due à des réformes telle que l’abolition des cages de batterie sont infondées mais aussi que toute réforme obligeant à accorder plus d’espace aux animaux est susceptible d’être utile stratégiquement car elle limite physiquement la production tout en augmentant son coût de façon significative.

Parfois ce qui semble être de grands désaccords s’avèrent n’être que des malentendus causés par une terminologie imprécise. C‘est pourquoi il est très important de parler clairement, d’écouter soigneusement et, tout particulièrement, de poser des questions afin de s’assurer qu’on a réellement compris ce que disent ceux avec qui on semble en désaccord. Réagissez seulement à ce que les gens disent réellement et non à ce que vous supposez qu’ils pensent ou ressentent, car il se peut que vous vous trompiez fortement.






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* Texte original "In defense of actuals animals - Moving past the welfare-abolition impasse" (2008), traduit de l’anglais par Marceline Pauly, et publié sur animal sujet avec la permission de l’auteure.





http://aftershock.pattricejones.info/ pattrice jones , écoféministe et militante pour la libération animale, est la co-fondatrice du Eastern Shore Sanctuary & Education Center, aujourd'hui Vine Sanctuary . Elle est l’auteur de Aftershock  et de The oxen at the intersection publiés chez Lantern Books et de nombreux essais et articles, dont   Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal - un guide pour ceux qui s'interrogent
et Gérer un sanctuaire publiés sur ce blog.

Sortir de l'impasse bien-être/abolition...(2)

Ne doutez pas de la sincérité des personnes lorsqu’elles expriment leurs convictions et leurs sentiments. Soyez sincère vous-même. Commencez vos phrases par " je" au lieu de "vous". Entamez les discutions par le rappel du but partagé par tous et de la confiance en la bonne foi de chacun. Ces aspects parmi d’autres de la résolution constructive des conflits peuvent transformer des discussions tendues et frustrantes en terrains propices à la résolution de problèmes.


Clarification des termes


Une grande part de la crise actuelle provient d’une utilisation imprécise des mots destinés à décrire les autres militants et leurs techniques. Cet éclaircissement est offert dans l’espoir que, chez les militants pour la libération animale, les termes "abolitionniste" et "welfariste" soit tomberont en désuétude, soit seront employés avec plus d’honnêteté et de précision. Il existe des organisations et des gens qui estiment que les animaux sont considérés à juste titre comme des propriétés mais qu’ils devraient être traités plus humainement. C’est avec raison que ceux qui partagent cette conviction sont appelés "welfaristes". Ils prennent soin eux-mêmes de se distinguer de ceux qui oeuvrent pour les droits des animaux et, par conséquent, il ne devrait y avoir aucune confusion entre eux et ceux dont l’objectif ultime est la libération animale. Malheureusement, ces confusions sont apparues autant en raison de la rhétorique des "abolitionnistes" auto-proclamés que du comportement de certaines organisations qui militent conjointement pour les droits et le bien-être des animaux.

Les militants qui luttent pour les droits légaux des animaux et leur libération ultime militent parfois aussi en faveur d’une amélioration du bien-être des animaux qui existent aujourd’hui. Certains le font par stratégie pour obtenir un changement plus substantiel, certains sont motivés par des considérations éthiques et d’autres défendent une position double, à la fois éthique et stratégique. Ainsi, Ingrid Newkirk de PETA soutient que toute reconnaissance d’un droit quelconque de l’animal par les législateurs est un pas vers la reconnaissance de leurs pleins droits. Karen Davis d’United Poultry Concerns soutient que les individus animaux ne devraient pas être traités comme des objets sans importance que l’on peut sacrifier pour le bien de la classe d’animaux à laquelle ils appartiennent. Je soutiens que nous avons l’obligation morale d’écouter les animaux et que nous devons répondre à leurs souhaits clairement exprimés de connaître un soulagement immédiat de leur souffrance, par des moyens qui rendent la poursuite de leur exploitation non rentable. 

Ce n’est peut-être pas un hasard si nous sommes trois femmes qui avons participé à des actions telles que des sabotages de chasse, des infiltrations de laboratoires et des sauvetages au grand jour, tandis que les jugements les plus sarcastiques portés sur les réformes pour le bien-être ont été inspirés par les écrits d’un universitaire dont le discours repose sur une perspective éthique abstraite, qui ne s’appuie pas sur des actions menées auprès d’animaux exploités. Les femmes ont tendance à militer selon ce que des féministes universitaires ont nommé l' "éthique de la sollicitude" (1) alors que les hommes rejettent parfois les arguments qui ne relèvent pas d’un système abstrait de règles. Des féministes ont identifié cette préférence pour l’abstraction comme un élément relevant à la fois du spécisme et du sexisme. Les opposants au bien-être animal devraient veiller à respecter les différentes méthodes de raisonnements éthiques, et prendre particulièrement soin de ne pas se moquer des femmes qui expriment leur inquiétude quant à ce qu'endurent les animaux déjà existants et qui agissent en conséquence.

Cela ne veut pas dire que les militants pour le bien-être animal n’ont aucune part de responsabilité dans l’état lamentable du débat actuel. Tandis que la plupart prennent soin de ne pas traverser la ligne essentielle entre s’opposer à des pratiques particulièrement cruelles et promouvoir une exploitation animale "humaine", plusieurs gaffes notables ont donné une légitimité à l’équation erronée entre abolition de pratiques spécifiques de l’élevage industriel et promotion de la "viande heureuse". L’opacité et le manque de responsabilité des dirigeants de certaines organisations nationales ainsi que la véhémence de certains "abolitionnistes", font qu’il est difficile d’établir un dialogue productif.



Chaque camp peut aider à sortir le débat de l’impasse actuelle en faisant plus attention aux termes qu’il utilise, en prenant particulièrement soin d’éviter les emplois désobligeants de "bien-être" (et ses dérivés) ou les amalgames entre soutenir les réformes pour le bien-être et soutenir les produits issus d’élevages concernés par ces réformes, et enfin en étant plus ouvert, pendant les débats, aux critiques exprimées de façon respectueuse et appropriée.


 Respecter la biodiversité tactique


Les "abolitionnistes" autoproclamés dédaignent parfois toutes tactiques autre que la promotion argumentée d’une éthique végane. A l’autre bout du spectre, certains partisans des réformes pour le bien-être ont tout fait pour dénigrer ceux qui mènent des actions directes pour les animaux. Aucun camp, dans ce qui est devenu un débat dangereusement démoralisant, ne semble être conscient du fait que les changements structurels significatifs dans la politique ou l'économie nationales ou internationales ne se produisent qu’après une période d’agitation durant laquelle différents acteurs venus d’horizons différents, pour des raisons différentes, et par des moyens différents, on fait pression pour obtenir un même changement. Jamais dans l’histoire, un changement aussi considérable que celui que nous cherchons à obtenir ne s’est produit. Il ne peut certainement pas être obtenu avec des stratégies moins globales que celles qui ont été nécessaires pour obtenir, dans un seul pays, le droit de vote pour les femmes ou la journée de 8 heures.


Dans un monde où les peuples entrent en guerre pour ce qui semble être (vu de l’extérieur) des différences religieuses relativement mineures, l’idée que le monde  entier  pourrait  être  converti  au  véganisme par le  seul  moyen  de


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(1) ou éthique du care

Sortir de l'impasse bien-être/abolition...(3)



l’argument éthique paraît irréaliste. De même, il est irréaliste de supposer que des corporations sans morale vont changer leur fonctionnement en réponse à des arguments modérés sils ne sont accompagnés d'efforts directs pour réduire leurs profits. Ce nest quen reconnaissant limportance de la diversité tactique que nous pouvons coopérer les uns avec les autres dans des stratégies globales qui pourront accomplir ce que nous affirmons vouloir accomplir.



Analyse stratégique tenant compte du contexte


La libération des animaux de toute forme demprise et dexploitation humaines demandera une restructuration fondamentale de léconomie mondiale ainsi quune révision des systèmes de tous les gouvernements existants. Les gens qui gagnent leur pain grâce à lexploitation animale devront, dune manière ou dune autre, trouver dautres moyens dexistence. Les économies locales enracinées dans lexploitation des animaux ou de leurs habitats devront, dune manière ou dune autre, se reconvertir ex nihilo. Les entreprises puissantes qui profitent de lexploitation animale devront, dune manière ou dune autre, abandonner ces profits mal-acquis. Les gouvernements qui soutiennent ces industries devront être, dune manière ou dune autre, convaincus soit de disparaître soit de se reconvertir afin de se mettre désormais au service des gens, des animaux et des écosystèmes. Les attitudes humaines vis à vis des animaux devront aussi, dune manière ou dune autre, être entièrement redéfinies en dépit du fait que, à de rares exceptions près, toute les cultures proclament la supériorité de l’homme.

Comment est-ce que tout cela va se produire ? Quelles sont les étapes qui permettront de convertir ne serait-ce quune seule communauté à une économie sans cruauté ? Par quels moyens les industries qui exploitent les animaux pourront-elles être contraintes de cesser leur activité ? Comment ne serait-ce quun seul gouvernement pourra-t-il être restructuré afin de représenter réellement les animaux qui sont sous son autorité ? Si les animaux conquièrent des droits, comment ceux-ci seront-ils appliqués ? Comment un mouvement petit et non représentatif comme lest aujourdhui le mouvement pour la libération animale parviendra-t-il à changer la psychologie humaine dans le monde entier ?

Dici là, plutôt que de condamner ou de soutenir dans labstrait les réformes pour le "bien-être", les militants animalistes devraient examiner les réformes proposées sous les angles stratégique et contextuel, en gardant à lesprit - en priorité, les intérêts des animaux déjà existants et le fait que les élevages industriels sont des entreprises à but lucratif qui cessent leurs activités lorsque les coûts sont trop élevés. La libération totale de tous les animaux peut être longue à venir mais les élevages industriels peuvent être contraints à fermer maintenant, grâce à des efforts concertés pour, simultanément, réduire la demande et augmenter les coûts de production. Les réformes pour le bien-être peuvent apporter une diminution réelle de souffrance tout en augmentant les coûts. Labolition des cages de batterie entre dans cette catégorie puisquelle élèverait les coûts tout en diminuant à la fois le nombre de poules captives et létendue de leurs souffrances.




Conclusion

Les animaux existent et ont droit à lautodétermination. Les animaux veulent être libres et être délivrés de leurs souffrances. Les animaux déjà existants subissent un tort réel lorsque nous ne respectons pas leur volonté à cet égard. Nous pouvons œuvrer à la libération ultime des animaux tout en nous préoccupant de ceux qui vivent maintenant, en adoptant une éthique et une stratégie ancrées dans la réalité plutôt que dans la théorie.







L'approche exclusive : les animaux en font les frais

.par Norm Phelps  




Un clan bruyant et parfois intimidant essaie de prendre le contrôle du mouvement pour les droits des animaux. (Je réalise que cela peut paraître excessif pour quiconque n’a pas suivi la controverse. J’aimerais que ce le soit, mais un examen même superficiel de leurs articles et de leur discours suffit pour remarquer le ton de certitude et d’intolérance absolues envers les opinions différentes -généralement associées avec certaines formes de fondamentalisme religieux.) Ils s'appellent eux-mêmes "abolitionnistes" et appellent ceux dont les vues diffèrent "welfaristes". Bien que je ne doute pas que beaucoup d'entre eux soient bien intentionnés, je pense qu'il est plus logique de les voir comme des partisans d'une approche exclusive puisqu' ils affirment qu'il n'y a qu'une seule façon de militer pour les droits des animaux, la leur, et que quiconque emploie d'autres tactiques n'a pas de place légitime dans le mouvement animaliste. En particulier, ils prétendent que les campagnes en faveur d'interdictions ayant pour effet de diminuer les souffrances - pour la fin de l'utilisation des cages de batterie ou des stalles pour veaux, par exemple, nuisent en réalité aux animaux et devraient être condamnées par tous les militants. Avec un coup de chapeau inconscient à George Orwell, ils soutiennent qu'essayer d'améliorer les conditions de vie des animaux d'élevage est une chose qu'aucun militant animaliste ne devrait faire.

L’argumentation des partisans de l’approche exclusive est double : premièrement, ils affirment que les campagnes réformistes qui soulagent les souffrances des animaux d’élevage impliquent que l’élevage et l’abattage des animaux pour la consommation humaine est acceptable tant que cela est fait "humainement". Ainsi, selon ce raisonnement, le message "welfariste" sape le message "abolitionniste" et permet aux gens de manger des produits animaux avec bonne conscience. Leur second argument est que militer pour réformer les pires abus de l’élevage industriel renforce le statut de propriété des animaux car cela ne le conteste pas directement. Si l’on suit ce raisonnement, puisque toute exploitation des animaux repose sur leur statut de propriété, toute campagne qui ne conteste pas directement ce statut est contre-productive.

Bien que certains activistes poursuivant à la fois l’abolition et les réformes acceptent l’étiquette "welfariste" pour la raison que les américains ne font pas la distinction entre les diverses tendances du militantisme pour les animaux - je trouve cela insultant. Pour nombre de militants, être "welfariste" signifie avoir la conviction que l’emprisonnement, la mise en esclavage et l’abattage des animaux sont moralement acceptables, à condition que l’on épargne aux animaux les souffrances qui ne sont pas nécessaires pour l’utilisation à laquelle ils sont destinés. Pour des raisons évidentes, "welfariste" est un terme d’opprobre pour une grande partie du mouvement. C’est précisément avec cette idée en tête que Gary Francione forgea le terme "nouveau welfariste" en 1996. Mais épingler l'étiquette "welfariste" sur des militants qui considèrent que "les animaux n'existent pas pour que nous disposions d'eux, que ce soit pour l'alimentation, l'habillement, les expériences scientifiques, ou les loisirs" mais soutiennent aussi des réformes visant à réduire les souffrances des animaux est fallacieux, propre à créer des discensions et destructeur. C'est comme appeler les démocrates des "communistes" ou les républicains conservateurs des "fascistes" afin de les exclure du débat politique. Et, parce que cela divise et affaiblit le mouvement qui est le seul espoir des animaux, ce sont les animaux eux-mêmes qui en subissent les conséquences douloureuses et mortelles.

Je suis certain que chaque personne qui participe à cette discussion peut convenir que l’abolition de toute exploitation animale est la seule base acceptable de notre relation avec les animaux non-humains et que l’abolition est le seul objectif légitime à long-terme pour les militants. Et je pense que nous pouvons aussi convenir du fait que la promotion du veganisme est la base de la stratégie à mettre en œuvre pour atteindre ce but. Personnellement, je suis vegan depuis plus de 20 ans. Dans mes livres, je milite clairement et franchement (avec "véhémence" selon un critique carnivore) pour l’abolition et le veganisme. Et j’encourage les autres à faire de même. Mon désaccord tient au fait d’affirmer que les campagnes visant la réduction des souffrances des animaux ne sont jamais appropriées, même si elles sont utilisées conjointement avec un discours abolitionniste et vegan.


Je crois qu’il existe au moins cinq excellentes raisons pour rejeter les arguments des partisans de l’approche exclusive et poursuivre parallèlement l’abolition et les réformes - ou du moins, pour ne pas s’opposer aux efforts réformistes.


Ouvrir des fenêtres sur les chambres de torture

Premièrement, les campagnes qui exposent les pires souffrances subies par les animaux dans les élevages industriels forcent le public à penser aux animaux comme à des êtres sentients et sensibles dont le bien-être est une préoccupation morale sérieuse. Cela ne peut que faire avancer leur libération et non la retarder.


"Loin des yeux, loin du coeur", on retrouve cette idée dans l’observation qu’a faite Sir Paul McCartney : "si les abattoirs avaient des murs en verre, tout le monde serait végétarien". Combien de fois avons-nous entendu "Je ne veux rien entendre à ce sujet !" Et "Ne me montre pas ces images, ou je ne pourrai pas apprécier mon repas !" Les campagnes comme celles contre les cages de batterie et les stalles pour truies gestantes forcent les gens à entendre des histoires horribles et à regarder en face la souffrance, qu’ils le veuillent ou non. Elles percent des fenêtres dans les murs solides des abattoirs et des hangars où les animaux sont confinés. Elles montrent au public la vérité sur ces camps de la mort, et même si ces campagnes ne conduisent pas directement à un monde vegan, elles changent lentement mais sûrement la façon dont les gens pensent aux animaux et à leurs souffrances. Et ce profond changement de l’opinion publique est un pas important vers une société vegan.

Le point crucial est que la plupart des gens sont extrêmement réfractaires aux jugements moraux portés sur les choses qu‘ils font personnellement. Ils les rejettent d’emblée en refusant de les examiner. Ils doivent y être amenés progressivement, pas à pas. La plupart des gens viennent à la cause animale à travers une chose qui les révolte mais qu’eux même ne font pas - fourrure, vivisection, ou combats de chiens et, à mesure qu’ils s’engagent, ils décident de devenir végétariens, puis vegans. Le plus grand nombre d’appels que reçoit PETA, par exemple, concernent 1) les animaux de compagnie ; 2) les animaux de cirque ; 3) la vivisection ; 4) la fourrure. De même, la plupart des gens sont opposés au pire abus de l’élevage (dont, au départ, ils ne sentent pas personnellement responsables), et une fois engagés dans l’opposition à une forme spécifique de cruauté, comme les cages de batterie, le principe de cohérence peut alors s‘amorcer ( nous nous plaisons tous à nous voir comme des personnes cohérentes, l’incohérence morale est cause d’intense détresse psychologique), les rendant bien plus susceptibles de devenir vegan. La campagne réformiste ouvre grand la porte, pour ainsi dire, et une fois celle-ci ouverte, le besoin de cohérence conduit la personne à faire le pas suivant.

Cela a été confirmé par l’expérience des coalitions qui ont mené les campagnes pour l’abolition des stalles de gestation en Floride et en Arizona. Un bon nombre de militants pour les animaux, qui n’étaient pas encore végétariens, se sont engagés dans cette campagne qui les a conduit à cesser de manger des animaux. En fait, je connais au moins un militant animaliste qui aujourd’hui critique publiquement les campagnes dites "welfaristes" bien qu’il soit lui-même devenu vegan en s’engageant dans une campagne pour une loi contre les cages pour truies gestantes.
 

En bref, une approche militante double agit en sensibilisant les gens et en les incitant à prendre activement position contre la cruauté, de sorte qu’ils se voient comme des personnes qui se soucient des souffrances des animaux. Cela les rend plus réceptifs à un message vegan. De cette façon - bien que cela puisse sembler paradoxal aux adeptes de la cohérence théorique, les campagnes réformistes ont pour effet de remettre en question l’idée que les animaux ne sont que des marchandises destinées à la consommation et d’amener les gens à un mode de vie vegan.


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¤ Texte original "One-track activism : animals pay the price" publié initialement sur le site Vegan Outreach,  traduit de l'anglais par Marceline Pauly et publié sur animal sujet avec la permission de l'auteur.
Ce texte a également été traduit en espagnol et en allemand
Norm Phelps, qui nous a quitté le 31 décembre 2014, a milité pour les droits des animaux pendant plus de vingt ans.
Il est l’auteur
d'articles publiés dans les revues Satya et The animals voice entre autres, et d'essais, parmi lesquels Rhyme, Reason, and Animal Rights:Elizabeth Costello’s Regressive View of Animal Consciousness and its Implications for Animal Liberation , paru dans Journal for Critical Animal Studies, vol IV, issue 8, 2008, en 2011, Science weighs in at last : campaigns for "welfarist" reforms cause people to buy significantly less meat  et Science weighs in at last, part 2 - Response to Gary Francione's comments ,


Livre : The Dominion of love - Norm PhelpsLivre : Changing the game - Norm Phelps
                    








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L'approche exclusive...(2)



Augmenter le coût des affaires

Un autre effet des campagnes réformistes est qu’elles augmentent généralement le coût des produits animaux, ce que l’industrie de l’élevage voit comme une menace potentielle pour sa rentabilité. Sur son site web ActivistCash.Co, par exemple, le Center for Consumer Freedom, une vitrine bien connue des industries qui maltraitent les animaux, nous avertit que l'organisation "HSUS dépense des millions de dollars pour des projets qui cherchent à paralyser économiquement les producteurs de viande et de lait." Ils se réfèrent essentiellement aux campagnes pour l’abolition des cages de batterie, des cages de contention pour les truies gestantes et les veaux.

L’Animal Agriculture Alliance, un groupement de commerçants et d’industriels, fait cette terrible prédiction au sujet de la campagne contre les cages de batterie. "Malgré le prix moyen national des œufs 'plein air' grimpant jusqu’à 56 cents la douzaine durant le troisième trimestre 2007 et coûtant actuellement 84% de plus que les œufs ordinaires, les groupes californiens de défense des droits des animaux persévèrent avec un référendum sur l’interdiction de la production d’œufs standards en californie. L’Animal Agriculture Alliance croit que les groupes qui ont soutenu cette initiative extrême, menée par l’Humane Society of the United States, à vocation vegan) mettront en danger les animaux et élimineront une source profitable de protéine pour bien des gens" (c‘est l‘auteur qui souligne).

Dans le numéro d’octobre 2007 de Egg Industry Magazine, Gene Gregory, président de United Egg Producers of Atlanta, exprime la même inquiétude. L’article, dont le titre en gros caractères est "Si tous les œufs étaient 'plein air', la demande chuterait", dit que Gregory croit que "si toute la production d’œufs devait produire des œufs plein air, la demande pour les œufs se réduirait car certains consommateurs ne pourraient pas se permettre de payer 2 ou 3 fois plus pour leurs œufs. Les gens ont tendance à avoir un point de référence pour le prix des œufs. Si les prix s'éloignent trop de cette référence, ils économisent." Si les industries de l’exploitation animale considèrent les campagnes réformistes comme d’authentiques menaces pour leur rentabilité, pourquoi certains militants animalistes ne peuvent-ils pas les voir ainsi ?


Les souffrances comptent

Les élevages industriels constituent la plus intense cruauté dont l’espèce humaine est capable. Ce sont, en fait, des camps de concentration dans lesquels des êtres sentients et sensibles passent leur bien trop courtes vies privés d’air frais, de soleil, d’espace pour remuer et étirer leurs pattes ou leurs ailes, et de la possibilité de vivre en communautés sociales correspondant à leurs natures. Leur souffrance est si intense et permanente, de la naissance à la mort, que la folie est une conséquence courante de la vie en élevage industriel. L’esprit de ces animaux sans défense est tout simplement anéanti par la douleur et les privations.

L’horreur d’une vie de confinement dans un hangar ou en cage de batterie défie toute description. C’est littéralement indicible. Vous et moi sommes incapables de mesurer ce que signifie passer sa vie entière dans l’impossibilité de bouger ou de faire quoi que ce soit qui pourrait donner à la vie une signification, et je ne peux pas me réconcilier avec l’idée qu’il est acceptable de laisser des milliards d’animaux sans défense dans cette sorte d’enfer pour une utopie que ni ces animaux, ni leurs enfants, ni leurs petits-enfants - pas plus que leurs descendants durant de nombreuses générations, ne connaîtront.

Depuis que la HSUS a lancé sa campagne sur les cages de batterie en 2005, le pourcentage de poules pondeuses détenues dans des cages de batterie a baissé de plus de 98% à approximativement 95%, une diminution notable et significative de souffrance pour des millions d’animaux chaque année. En 2012, les box de contention pour veaux feront partie du passé. (Le plus grand producteur américain de veaux , Strauss Veal, les aura supprimer en 2010) Et il semble probable que les cages pour truies gestantes auront disparues au cours des dix prochaines années. Au début de cette décennie, ce type de progrès était inconcevable. Aujourd’hui, grâce aux campagnes dites "welfaristes", cela devient rapidement une réalité. Et ces changements font progresser le bien-être de ces animaux et nous rapprochent d’une société compatissante dans laquelle les intérêts fondamentaux des animaux seraient réellement respectés (évidemment, cela signifie que personne n’utilise les animaux pour se nourrir, se vêtir, faire des expériences, ni pour servir d’autres intérêts humains, quels qu'ils soient.

Juger ceux qui travaillent aussi à soulager les souffrances ici et maintenant comme s’ils étaient l’ennemi représente le triomphe de l’idéologie sur la compassion et le bon sens. Si nous ne pouvons pas, de leur vivant, mettre fin à la souffrance des animaux qui souffrent, alors nous avons l’obligation morale de la diminuer autant qu’il est possible.

Un de mes amis qui travaille à une campagne pour un référendum sur l’abolition des cages pour les veaux et les truies en gestation et des cages de batteries en Californie, me dit qu’un petit nombre de militants californiens refusent de soutenir cette initiative ou de recueillir des signatures parce que c’est une mesure "welfariste". Si des millions d’animaux dans les élevages industriels de Californie étaient laissés à leur souffrance dans des cages minuscules parce que des militants refusent de les aider, ce serait une tragédie phénoménale.

Les souffrances comptent, et je ne peux pas leur tourner le dos. J’espère que vous non plus.


Les animaux ont besoin de toute l’aide possible

En développant une stratégie pour le mouvement animaliste, nous devons tenir compte d’une histoire qui donne à réfléchir. Comme tous les mouvements pour une justice sociale, le véganisme a commencé avec un petit noyau de militants dévoués qui s’est développé progressivement depuis. Aux Etats-Unis, le véganisme a réellement commencé en 1960 lorsque H. Jay Dinshah a fondé l’American Vegan Society. Le mouvement a bénéficié, dans les années 70, des coups de pouce apportés par les parutions de "Christianity and the Rights of Animals" du Révérend Andrew Linzey et de "Animal Liberation" de Peter Singer (livre qui, même s’il ne développe pas un argument strictement vegan, a eu pour effet de promouvoir le véganisme à un niveau jusque là inconnu) et d’un nouveau coup de pouce, lorsque l’International Vegetarian Union a tenu son congrès biennal à Orono, dans le Maine, qui a galvanisé le mouvement végéta*ien avec un programme de sensibilisation dynamique. Dans les années 80, PETA a touché de nouveaux secteurs de la population avec son message végéta*ien, Tom Regan a publié "The case for animal rights" (qui développe un argument en faveur du véganisme) et Victoria Moran, le révolutionnaire et très remarqué "Compassion : The ultimate ethic: an exploration of veganism." Dans les années 90, les campagnes végéta*iennes de Peta se sont étendues de façon exponentielle, FARM , l'organisation fondée par Alex Hershaft, a commencé à se concentrer exclusivement sur les campagnes végéta*iennes et Vegan Outreach a porté la sensibilisation au véganisme à un niveau supérieur.

Année après année, le militantisme en faveur du végéta*isme s’étend et devient plus sophistiqué. Il réussit admirablement dans le travail essentiel qui consiste à semer un idéal vegan dans l’esprit des gens, spécialement parmi les jeunes, et démontre que le mode de vie vegan est facile et ne demande pas de sacrifice personnel. Comme je l’ai dit plus haut, je crois que ces efforts sont et doivent constituer la base du mouvement pour le droit des animaux. Mais nous ne pouvons pas escamoter le fait qu’aux Etats-Unis, quarante-sept ans après la naissance du mouvement vegan et trente-deux ans * après celle du mouvement animaliste moderne, le nombre d'animaux abattus pour la nourriture continue d'augmenter.


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* "vingt-deux ans" dans le texte original ; une erreur que l'auteur a relevé à l'occasion de la lecture de cette traduction. Le mouvement animaliste moderne est né après la parution de Animal Liberation, en 1975.

L'approche exclusive...(3)



Le 15 octobre 2007, USA Today signalait que selon un sondage Harris, les végétariens représentaient 3% de la population américaine. D’autres sondages dans les dernières décennies les estimaient entre 2 et 4% . Bien qu’il soit impossible d’obtenir une idée précise - en partie parce que les questions des sondages ne sont pas toujours formulées de façon cohérente, et en partie parce les gens se décrivent eux-mêmes comme "végétarien" alors qu’ils mangent du poisson, ou "occasionnellement" de la viande, il semble probable que le nombre de végéta*iens augmente lentement, et surtout parmi les jeunes gens et les adolescents. Cette prise de conscience croissante chez les jeunes est une évolution encourageante. Le message en faveur du véganisme gagne manifestement du terrain mais, tout aussi manifestement, il ne va pas suffire pour vider les hangars où sont confinés les animaux ni pour fermer les abattoirs, dans un futur proche. D’un autre côté, la campagne pour dissuader les détaillants de vendre des œufs de batterie - qui a été inaugurée en 2005 - a déjà amélioré la vie de millions de poules pondeuses en les libérant des cages de batterie. Ces animaux continueront à souffrir et à être tués, mais au moins, ils pourront marcher, étendre leurs ailes et pondre leurs œufs dans des nids, exprimer tous ces comportements importants qui sont refusés en permanence aux poules de batterie.

Dans ces circonstances, il y a un besoin urgent de poursuivre diverses tactiques non-violentes qui offrent la perspective de contribuer à la fois au bien-être et à la libération des animaux. En agressant ceux qui veulent développer nos stratégies militantes en essayant de trouver la combinaison de tactiques qui marchera le mieux, les partisans de l’approche exclusive ont délaissé la raison pour la foie aveugle. Leur approche du militantisme va à l’encontre de la logique. Au lieu de dire : "Cette stratégie fonctionne ; donc, elle est bonne" ils disent "Cette stratégie est idéologiquement pure ; donc, si nous nous y tenons, il faudra qu’elle finisse par fonctionner."

Un militantisme rationnel requiert que nous cherchions constamment qu’elles sont les répercussions de nos campagnes, que nous les évaluons et que, fréquemment, à mi-parcours, nous fassions des réajustements en cherchant la bonne combinaison de tactiques qui nous amènera au succès. Nous pouvons être idéologues en ce qui concerne notre objectif, mais nous devons être pragmatiques en ce qui concerne nos méthodes. Laissez, par autosatisfaction, des a priori idéologiques dicter nos méthodes est la clé d’un échec assuré.




L'approche exclusive : moins bien qu'on pourrait le croire

Mark Twain a dit "La musique de Wagner est meilleure qu'on pourrait le croire à l'entendre". L’approche militante exclusive, par contre, est moins bien qu'on pourrait le croire de prime abord; elle semble simple, directe, et cohérente théoriquement. Mais l’histoire est jonchée d’exemples de théories élégantes qui ont complètement échoué une fois qu’elles ont été appliquées au monde réel. De telles théories deviennent trop facilement prétextes à exprimer de nobles platitudes tout en évitant le travail de base, difficile, frustrant et salissant qui consiste à transformer notre vision en progrès pour les animaux.


Prenons l’exemple d’Harold Brown qui, lors de la conférence FARM AR 2007, a fait une présentation, laquelle peut être visionnée sur youtube. Dans son discours, il a fait la promotion de l’approche exclusive et a déclaré que les campagnes "welfaristes" n’avaient pas de place dans le mouvement pour les droits des animaux, tout en admettant à deux reprises, "je n’ai aucune solution". Et, effectivement, il n’a pas proposé une seule idée qui permettrait de réaliser un progrès concret - ce qui s'en rapprochait le plus fut : "Je suis sûr que nous pouvons appliquer nos tactiques et nos stratégies aux différents aspects de l’exploitation animale." Concevoir des stratégies et des tactiques qui fonctionnent dans le monde réel est la partie la plus difficile du militantisme pour les animaux. Eluder cette question aussi cavalièrement, c’est se défiler. Ce doit être très amusant d’être "un gars qui a une vision globale" (ainsi que Brown s’est décrit - pas une, mais deux fois), de critiquer les gens qui travaillent dur dans les tranchées pour soulager les souffrances des animaux (des "gens à la vision restreinte", peut-être, auxquels manque le magnifique panorama de ceux qui ont une vision globale ?) et refusent de prendre la responsabilité de proposer des stratégies et des tactiques. (Aussi Brown a-t-il mis les militants en garde : "Nous devons faire attention à ne pas nous laisser accaparer par les menus détails, les petites choses" ) Dieu est dans les détails, dit le proverbe, dans les petites choses, et ce manque de considération envers le travail nécessaire pour transcrire "la vision globale" en soulagement réel pour les animaux qui souffrent, est tout sauf utile.


Les animaux qui souffrent et meurent dans les élevages industriels ont besoin d’une stratégie qui apporte un changement réel dans leur vie le plus rapidement possible. Ils ont besoin d’une approche sur deux fronts, qui allie message vegan-abolitionniste et campagnes réformistes. One size doesn’t fit all (1), et c’est cette combinaison de plusieurs tactiques qui est la plus prometteuse pour les plus infortunées victimes des hommes, maintenant et pour les générations futures. Dans un article posté sur le site de Tribe of heart, James LaVeck et Jenny Stein étiquettent les militants qui approuvent le fait de soulager les souffrances des animaux de ferme comme étant des "néoncarns" par analogie avec les "néocons" qui ont amené notre pays et notre monde au bord de la destruction. Malgré ce jeu de mot méchant et puéril (qui s’inspire des "néo-spécistes" de Joan Dunayer, lequel s’inspirait des "néo-welfaristes" de Gary Francione) ce sont les tenants de la méthode exclusive qui ressemblent aux néo-conservateurs dans leur approche stratégique. L’obstination avec laquelle les neocons ont soutenu que nous gagnerions en Irak si nous continuons de suivre aveuglément la stratégie qui avait jusque là échoué ("Maintenons le cap.") est comparable à celle des "abolitionnistes" qui soutiennent que nous créerons une société vegan dans un futur proche si nous continuons simplement à nous en tenir à l’approche exclusive qui a échoué, jusqu’à présent, à réduire le nombre d’animaux consommés.




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(1) Il n‘a pas été trouvé d'équivalent français pour ce proverbe, qu’on pourrait traduire par "Une pointure unique ne convient pas à tous."


- Christianity and the rights of animals, Andrew Linzey - London: SPCK
- La libération animale (Animal Liberation), Peter Singer - Grasset
- The case for animal rights, Tom Regan - University of California Press
- Compassion : The ultimate ethic: an exploration of veganism, Victoria Moran - American Vegan Society




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